Session de rattrapage n°1

Publié le par Benjamin DURIEZ

    Désolé pour le défaut de nouvelles... On a beau vivre pour les autres ici, on en reste pas moins égoïste! Difficile d'être ici et en même temps de partager cette vie, si différente, avec vous. Je pense à vous comme je sens que vous pensez à moi. Et Internet n'est pas toujours docile! Un mois complet d'over-blog bloqué, puis un mois de panne en novembre-décembre, puis un mois de visite de France pendant les fêtes. Voilà en quelques lignes une sorte d'excuse. Je ne promets pas que je ne recommencerai pas!

    Alors à présent, il est temps d'un grand flash back... qui me fait peur, ma mémoire faisant défaut et la vie quotidienne vue avec recul ne semble pas intéressante à raconter. Essayons.


    Novembre :

    La dernière pluie a eu lieu alors que chacun pensait ne plus rien voir tomber des cieux avant mai ou juin. Tout le monde fut donc surpris de ce bruit de tôle fracassée, qui vous empêche même d'entendre votre voisin, le premier week-end de novembre (ou était-ce le dernier d'octobre? - j'avais prévenu, ma mémoire...). Depuis ce jour étonnant, le sol de l'Extrême Nord n'a pas reçu la moindre goutte d'eau et chaque jour je mesure ce que "climat sahélien" signifie après l'avoir écrit dans tous les dossiers de subvention. Du sable qui apparaît, de la poussière, une terre aride et sans espoir, des puits qui se vident, des champs ruinés d'une récolte variable. Et je suis surpris quand je vois une photo prise à mon arrivée... Que de verdure! Mais est-ce possible qu'un tel miracle revienne? Tout cela semble bien fragile, en saison sèche.

    La mission :
   J'étais pris par la finition de plusieurs dossiers, pressé par des dates administratives limites et un départ début décembre pour Yaoundé afin d'aller déposer et défendre ces projets (puits, centre de formation pour aveugles).
    J'ai eu l'occasion d'aller dans un village pour rencontrer la population et parler du projet de réhabilitation de 3 puits (structure cassée, assèchement, effondrement). Ce genre de rencontre est stimulant : cela permet de mesurer le degré d'implication des gens, de voir ce pourquoi on travaille, d'entrer de plain-pied dans la réalité, la complexité des questions de développement. Rien n'est facile, tout est explicable et trop de choses viennent s'imbriquer (culture, place de la femme, détournement d'argent, climat, manque d'éducation, maladies...). La liste est longue, l'espoir au bout, comme un tremplin.
    Nous avons eu aussi la chance d'intercepter les représentants d'une ONG espagnole pour luis faire visiter la Fondation qu'ils avaient aidée il y a 10 ans. Nous leur présentons le projet de pisciculture, cela semble en bonne voie, le contact étant bien passé.

    Les cours d'économie familiale se déroulent sans problème. Je commence par apprendre à évaluer les besoins de la famille (nourriture, habits, santé...) pour ne pas être dépourvu quand la bise fut venue. Avec de l'humour, ils s'intéressent, et je suis pas un marrant en prof je découvre. Je leur donne un devoir à faire en une semaine, à leur disposition pour les aider. Personne ne vient, et c'est une telle catastrophe que je ne peux raisonnablement mettre une note!


   La santé :
   Début de mois très rude... Après une simili-crise de palu en octobre, les amibes me frappent durement. Des nuits blanches sur le trône, la tête dans une bassine. La solitude de ces moments douloureux, le matin comme délivrance. Je fais les analyses à Moutourwa pour confirmer et une fois le médicaments pris, plus de dérangement. Que j'espérais...


   Le tourisme :
    Avec Armelle et Arnaud, volontaires de Maroua, nous sommes partis à Garoua le week-end du 24-25 novembre. J'avais aussi invité Yaouba Sikoa, un collègue de la Fondation, superviseur de l'unité Forage, j'en reparlerai très bientôt. Départ le vendredi soir, et pour moi découverte totale, mon environnement s'élargissant peu à peu au fil des mois. Cela se trouve dans la province du Nord, à 203 km de Maroua. Mais la distance importe peu, seul le temps est mesurable utilement... Départ de nuit car le petit bus attendait un nombre de clients de manière à être 5 sur 4 places. Nous avons mis 5h... Contrôle stupide aux douanes, et la route est défoncée sur une longue portion malgré son bitume et sa décennie d'existence (tout l'argent prévu n'est pas allé dans le goudron). Nous arrivons fourbus à la Procure. Le lendemain, journée à Lagdo, un lac à une heure en voiture. Marché animé, barrage hydroélectrique sur le fleuve Bénoué, des hippopotames et babouins, et le Lagon Bleu... hôtel-bar-restaurant et surtout plage. Je souhaite les pieds dans l'eau un joyeux anniversaire par sms à mon grand frère, fraîchement (c'est le bon mot) revenu d'un an au Cambodge.
    Revoir de l'eau, s'y prélasser... pour un Dunkerquois s'est essentiel tout de même cet espace aquatique. Pas tout à fait la mer, mais beaucoup d'eau d'un coup. Le soir, le retour en taxi-brousse prend le double du temps normal car notre chauffeur veut éviter de croiser des militaires (1.000 f. cfa chaque fois) et donc choisit la voie champêtre. Hum! C'est plus long, surtout lorsqu'on s'ensable, qu'on cale en pointillé et qu'on se retrouve, comme moi, assis les jambes entourant le levier de vitesse...
    Le soir, nous retrouvons Catherine (volontaire DCC depuis 3 ans) et Moumini, son futur mari (un musulman camerounais) pour un poisson braisé, frites de plantain et bâtons de manioc. Le lendemain, randonnée sur une montagne proche de Garoua pour avoir une vue. Un bon moment, pas forcément de chemin. La chaleur est plus forte là-bas... Retour dans l'après-midi (on dit soirée ici dès 12h01), les pauses-pipi sont remplacées par la prière des musulmans dans la région.


    Divers :
    Ce mois fut aussi éprouvant car j'ai voulu sortir de ma mission pour me faire plaisir. Je me suis donc mis en tête de préparer un spectacle pour la soirée de Noël du Centre Bethléem. On me charge des orphelins les plus âgés. Et comme c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures, je reprends deux idées du projet Togo : ombres chinoises et magie noire... Nous réalisons un conte africain (inventé improvisé pour les scouts depuis depuis) avec de nombreux animaux. Et je m'apprête à couper un enfant en deux. Ca m'amuse tellement! Je commence à préparer un peu chaque soir, nous répétons, je fabrique mes cartons à couper les enfants, les personnages du conte... Je demande à une italienne de m'aider pour quand je serai parti. De plus, pressentiment raisonnable, je risque de ne pas être là pour le spectacle car il est programmé au mercredi 19 décembre et je prends le train la veille à Yaoundé. J'ai tout de même une bonne petite chance d'y être. "S'il plaît à dieu" disent-ils.


    Voilà pour ce mois qui n'était vraiment pas le plus passionnant, et c'est pour ça qu'il fut plaisant. Laissons-nous bercer par cette vie quotidienne qui m'imprègne, qui me fait sentir un "chez moi". Cette région est belle, simple, accueillante et quel plaisir de la ressentir peu à peu, grâce à l'entourage surtout. Je passe de longues soirées au Survoltage, notre unique bar, avec mes bières de 65 cl à moins de 0,8€. La coopération est sur les rails. Mais déjà, il faut quitter son nid devenu douillet pour le sud, la capitale Yaoundé et se mettre "en danger". Sans rire, on nous en dit tellement de mal...

La suite dans la session de rattrapage n°2.
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