Session de rattrapage n°2

Publié le par Benjamin DURIEZ

A la recherche du temps perdu où je n'ai pas donné de nouvelles...

    Nous sommes partis avec Jérôme le pisciculteur à Yaoundé le samedi 1er décembre. Par train. En France, rien de plus naturel... Ici, c'est un retour à la signification essentielle du mot "voyage" qui s'offre. Première étape, rejoindre en bus Ngaoundéré, chef-lieu de la province de l'Adamaoua, en passant donc par Garoua. Par chance, il s'agit d'un gros bus de la compagnie, cela permet de moins sentir les trous sur la partie Figuil - Garoua (encore fraîchement en mémoire de mes pauvres fesses). Cette qualité de bus trace sa route, sans chercher à éviter le bitume éventré mais néanmoins nous mettons 9h pour parcourir 500km.

    Il y a 4 possibilités pour prendre place dans le train : 2ème classe, 1ère classe assise, wagon-lit 4 couchettes et wagon-lit 2 couchettes. Pour limiter nos frais de misson, nous avons réservé des places en 1ère assise. Cela ressemble à un TER SNCF à l'intérieur. Plutôt confortable, service restauration dans et hors du train (une foule d'enfants propose à manger selon la spécialité locale de la gare atteinte). Le train part à l'heure (qui ose dire que 7 minutes de retard sont un retard?). Une longue nuit s'entame, quelques jeux de cartes, de la lecture, très longue discussion avec un des vendeurs sur la sorcellerie (l'avion Concorde a été volé une nuit au sud du Cameroun par la France... et une belle histoire de babouche volante). A la fin, dodo tant bien que mal. Car en plus de l'inconfort de la position, nous accompagnent beaucoup de militaires, et un militaire qui ne dort pas est bruyant. Jusque tard dans la nuit nous avons la chance de subir le coupé-décalé et pire encore Céline Dion, Garou et autre "variétoche"... Qui donc leur a vendu nos téléphones portables-mp3?

    J'émerge au petit jour. Nous sommes arrêtés depuis quelques heures.  A Bélabo... le milieu du trajet. Chouette. L'arrivée peut se faire "normalement" vers 9h  (jusque 12h vous êtes relativement chanceux). Il est déjà plus de 6h... Et au fil des conversations de nos voisins, il ressort que ce bon vieux train refourgué par la F... a un problème de freins. En bref, nous arrivons à Yaoundé il est plus de 15h. Nous nous étions levés la veille à 5h20 pour entamer ce périple. 34h pour parcourir à peu près la France du nord au sud. La gare est très animée, il devient délicat d'être blanc désargenté. Nous trouvons cependant un taxi à un prix raisonnable qui nous emmène à notre lieu de villégiature, le Collège Vogt où vit un volontaire DCC, depuis plus de 2 ans (Jérôme). Nous rencontrons aussi Benjamin, autre volontaire habitant en face du collège.

    Yaoundé me faisait peur car par expérience de Lomé, les grandes villes africaines sont stressantes, bruyantes, odorantes et agressives contre les "white". Mais bonne surprise, je ne me suis pas trop fait chahuter (sauf une fois où j'étais égaré dans un quartier à éviter et dans un taxi où on a tenté la technique du "fauteuil-qui-bouge-pour-prendre-ton-portefeuille mais je la connaissais déjà!). Je craignais aussi de ne pas me repéré, mais au final, on prends ses marques et on saute du haut plongeoir dans le grand bassin. Et c'est une jolie ville, très verte (surtout vu ma brousse brûlée), très vallonnée.
    Bilan de ces deux semaines... Yaoundé est une chouette ville, stressante, bruyante, odorante et agressive, mais une chouette ville. Je m'y suis senti à l'aise, à négocier mes taxis comme un Kamer (où l'on est 3 derrière et 2 devant). En fait, le taxi jaune est comme un petit petit bus, on se poste au bord de la route, on tend la main, il klaxonne pour dire qu'il est libre (c'est-à-dire 4 personnes maximum), il freine - un peu, on dit sa destination, un prix, il klaxonne pour accepter si c'est sur le trajet des autres clients ou poursuit prestement son chemin. Imaginez des files interminables le long des trottoirs en fin de journée où le taxi progresse lentement, chacun annonce sa destination, parfois on pense qu'il nous accepte, mais non c'était le voisin... Je trouve cela très convivial et je serai ravi qu'à Paris on fasse la même chose car ça diminue les coûts, et ça provoque des rencontres sympa (surtout à 2 collés-serrés sur la place du mort qui devient de fait la place des morts). Car une fois dans le taxi, on papote, on commente les émissions de radio  (il y en avait une sur un mec de 25 ans qui voulait coucher avec sa soeur de 15... quel débat!).


    La mission :
    Qu'ai-je donc bien pu faire à Yaoundé du 3 au 17 décembre? Courir partout, dans tous les quartiers, pour présenter la Fondation Bethléem, déposer mes dossiers, prendre des contacts. Le bilan est plutôt positif car nous intéressons à présent l'Unicef, le HCR, la Croix-Rouge camerounaise, la FAO, le PNUD (je suis champion des sigles) à peu près tout ce qui existe comme ambassade occidentale. Et oui, quel tour du monde effectué en si peu de temps : Suisse, Brésil, France, Allemagne, USA, Israël, Malte, Russie, Chine, Japon, Pays-Bas, Belgique, Canada, Espagne, Grande-Bretagne. Ouf! Je rencontre même dans la salle d'attente VIP de Mme la Ministre des Affaires Sociales la môman de Jean-Alain Boumsong (footballeur français, actuellement à la Juventus de Turin) qui a quelques oeuvres ici, son pays d'origine. Par contre, point de ministre mais l'Inspecteur général n°2 (que signifie ce titre, je l'ignore mais son bureau est proche du graal ministériel.
    Bref, j'aurai usé - avec bonheur - ma salive, mes semelles. Je connais tous les gardiens des ambassades (il y en a où j'ai dû passer 4 fois pour rencontrer quelqu'un). J'ai eu l'occasion de voir qu'il est utile d'être blanc pour ce genre d'exercice, les portes sont moins solides.

    Le tourisme :
    Un week-end les 8 et 9 décembre entre volontaires récemment arrivés a été organisé à Mbalmayo (45 minutes au sud de Yaoundé). Nous nous sommes retrouvés chez Catherine et Guillaume, couple lillois à près de 25 white (ça fait bizarre). Au programme, des retrouvailles, de la pirogue, des jeux. Le coin est joli et échanger sur nos débuts d'expérience fut agréable et drôle car il existe déjà quelques couples mixtes. En tout cas, je sais une chose : j'ai de la chance avec mon partenaire car certains ne feront qu'un an vu les problèmes relationnels ou dans l'organisation de la mission (crédits non débloqués pour un projet, etc.).
    Un second week-end fut passé dans l'Ouest, à Bafoussam. Le voyage retour fut là encore épique (7h au lieu de 4...). Cette région aussi est jolie, verte également, vallonnée. Nous y avons vu des chutes, un lac dans un cratère (baignade à 1500 m). Comme j'étais coincé avec 2 Bretons, nous avons mangé des crêpes, et ce fut délicieux. Par contre, quil a fait froid la nuit tombée. J'ai eu droit à un bon rhume - mal de gorge.


    Cette rétrospective se termine avec la rencontre de François Noah, cousin de Yannick. Et c'est lui qui m'emmène à l'aéroport retrouver ma première visite française...

La suite dans la session de rattrapage n°3.
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Publié dans Mission

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