Le touriste "ouate"
Je vous écris depuis la France, avec son ADSL illimité et tout son confort quotidien. En deux mots comme en cent, je me sens vraiment ailleurs et en décalage mais il est doux de retrouver certaines personnes. J'en profite pour réparer un oubli en souhaitant la bonne arrivée à Clémence, ma première nièce née le 23 mai dont j'ai fait connaissance à mon arrivée.
Mais avant de prendre l'avion, j'en aurai parcouru du chemin et vu des choses. Après avoir sculpté une journée avec Feromeo le 8 juin, mon périple a commencé. J'ai passé une journée à Yaoundé puis suis parti à Pouma revoir Max et Julie, volontaires croisés en janvier. Ils sont toujours totalement investis dans la gestion de l'hôpital catholique et le plus dur est d'affronter les mentalités parfois démotivées du personnel. Stéphane (également croisé au même endroit en janvier) était aussi présent car malade après un week-end passé dans ce village. Alors il se fait soigner chez les copains. Bien joué! Nous passons la soirée à jouer aux cartes, à faire quelques tours de magie, à être blancs, à échanger nos vies, nos missions et à comprendre ce pays, ses habitants, sa culture. Par la lumière de l'expérience du voisin.
Une courte nuit passée à Pouma et le temps m'aspire déjà vers Douala. Ici aussi on court partout, mais sans que cela soit pesant car les transports vous forcent à prendre le temps. J'arrive donc nuitamment à DLA comme on écrit par texto (ici aussi le langage SMS se pratique avec ardeur). J'étais très inquiet. De la même inquiétude que celle avant le départ et la découverte de Yaoundé. Nouvel endroit un peu oppressant vu de loin, vu les mauvaises expériences de certains volontaires (agressions, harcèlement verbal du "ouate qui a l'argent"). Thomas, volontaire de ma promotion vient gentiment me chercher pour faciliter mon accueil. Mais déjà je me sens assez à l'aise malgré la première appréhension. Nous retrouvons le soir les autres volontaires autour d'un cochon grillé.

Le lendemain, me voilà déjà sur les routes de l'Ouest en compagnie de Zounédou, un ami camerounais guide touristique que je connais grâce à mon chargé de mission DCC (il m'avait visité en février ; il est notre référent en cas de problèmes ou pour toute autre question). J'ai la pression pour les lignes qui suivent car Zounédou veut savoir exactement ce que j'ai aimé, ressenti durant les 2 jours d'excursion. Première chose qui lui a "fait rire le coeur" : il m'a offert à son agence des croissants et quant à moi, ça m'a fait rire l'estomac sans que je m'en cache. Et oui, je n'ai pas eu de telles douceurs depuis le mois d'août 2007. "Depuis depuis"! Nous nous sommes mis en route, il négocie tout, ce qui simplifie grandement le voyage car un blanc, a fortiori à Douala, se fait taxer et bien même! Un car est vite trouvé (Patience Express, lol!). Le temps n'est pas au beau fixe car au sud, la saison pluvieuse est plus intense et plus longue. Nous arrivons à Melong, achats rapides pour le bivouac à venir chez les Mbororos.
Il s'agit d'une ethnie musulmane venant du Nigeria et ne vivant que d'élevage. On en trouve beaucoup à l'Extrême Nord, la différence étant que dans "ma" province ils sont encore nomades. Ceux sédentarisés étant les Foulbés (ou Peuls). Les 4 heures de marche jusqu'au deuxième village des Mbororos sont assez harassantes, surtout vu ma fatigue et ma faiblesse (perte de poids, changement de climat - il fait très humide). Nous passons dans des forêts, par des crêtes, on avance en essayant d'arriver avant la nuit tombante et le brouillard rampant... Et soudain, un vent frais frais se lève annonciateur d'un événement. Je le pressens aussitôt. Un tel vent indique un changement, un nouveau paysage,
les sens se mettent en alerte et je sais que le plateau n'est plus loin, je connais son aspect vu les photos vues chez les amis volontaires. Et pan! Voici face à moi, au détour du chemin, paisible et éternel, un plateau de verdure majestueux. Il s'agit d'un grand cratère entouré de montagnes, on distingue au fond de cet espace le village. Et au milieu, les lacs : le lac femelle et le lac mâle, cratères creusés dans la plaine. Ces noms indiquent selon qu'il est facile à atteindre ou non. Nous entamons la descente, des vaches nous coursent mais le fulfuldé impératif de Zounédou les décourage. Et oui, ces vaches, et accessoirement leurs propriétaires, parlent fufuldé (quelque
peu différencié de celui de l'Extrême Nord). Je suis heureux de pouvoir communiquer (partiellement) avec ces villageois du bout du monde. Le chef nous accueille chaleureusement et nous propose de dormir au sein de sa maison. Le repas dans la cuisine traditionnelle au feu de bois est un moment d'échange important. Un peu tacite, beaucoup complice avec les jeunes filles et quelques enfants. La fumée pique les yeux, les sourires naissent.
Je parle avec Zounédou des motivations de l'engagement d'un volontaire. Il ne comprend pas que nous quittions notre confort matériel et financier pour venir souffrir chez eux. "Ce n'est quand même pas pour l'expérience?!" me dit-il. Mais qu'est-ce que cela peut-il être d'autre? Bien sûr que c'est pour l'expérience, pour la vie. Je ne me suis presque jamais senti aussi vivant que dans ces lieux où le froid mord et où le soleil brûle. Un truc de blanc peut-être, sûrement un truc de riche. En tout cas, il nous prend pour des fous. Je suis d'accord. Mais des fous raisonnables, des fous chercheurs d'or et des fous bien vivants!
Après une nuit difficile question amibes, nous repartons en faisant un saut dans l'eau du lac femelle (les 2 lacs ne sont séparés que par une mince et haute bande de terre). La descente est rapide et nous enchaînons directement avec les chutes d'Ekom Nkam à moins de 15 Km.
La longue piste détrempée et glissante qui y mène a failli nous tuer, à 3 sur une moto avec nos gros sacs. De dérapages en dérapages, nous progressons, le taxi-man faisant montre d'un excellent jeu de jambes pour garder notre fragile équilibre. Et enfin, les chutes se dévoilent d'abord à l'ouïe puis au toucher avec le brouillard de pluie. Et la vue complète tout cela. Le cadre est somptueux. Ces chutes sont le théâtre de la scène d'ouverture du film "Greystoke" sur Tarzan avec Christophe Lambert. 80 mètres de chutes libres, depuis une trouée en pleine jungle. Les aménagements par la population locale sont réduits et préservent en intégralité le lieu. La nature est là, maîtresse impétueuse que rien ne peut dompter.
Le soir, je parviens seul à Dschang, chez Marion, Zounédou étant reparti vers Douala. Elle est venue mettre en place un élevage de poulets de chair au sein d'une ferme école et la réussite étant là, elle a invité qui pouvait à une dégustation directement à la ferme. J'ai répondu présent et une petite
randonnée dans cette Suisse africaine démarre le samedi 14 juin après-midi. Le payasage est très vallonné, il fait assez frais le soir. Le repas est une réussite. Le lendemain, me voilà en route pour Yaoundé où j'arrive tardivement. Je retrouve le sculpteur Feromeo qui m'offre le lundi matin une oeuvre que j'apprécie énormément. Mesurant 1m50, j'ai réussi à l'emporter en bagage à main dans l'avion. Je rejoins le soir Stéphane à Makak, par le train, vers Douala. Il me fait visiter son collège où il enseigne l'informatique. Les cours sont finis. Le mardi soir, nous assistons rapidement aux dernières minutes d'une défaite face à l'Italie. Je me trouve exactement là où je dois être. Loin de la France pour ne pas être pleinement affecté par ce genre d'événement très mineur en réalité. Et loin de la Fondation Bethléem pour ne pas subir les quolibets de mes compagnons latins. Ouf!!
Je prends le train le lendemain direction Douala, dernière étape de cette tournée passionnante. Je retourne chez Thomas, je me repose, je rencontre un "grand cousin" expatrié qui dirige le Crédit Agricole au Cameroun (style de vie bien différent, mais intéressant), je fais les derniers achats de souvenirs pour la famille et les amis. Et après de longues bières nocturnes, je pars chargé de bagages et de rêves nègres vers l'aéroport. Et peu avant 6 heures, me voilà suspendu au coeur d'une carlingue dans l'atmosphère chaude et humide de la capitale économique. Et je viens vers vous, provisoirement. Je n'entendrai pas de "bonne arrivée", ni de "bonsoir" à 12h01. Mais je les dirai. Et je les dis et je demande si vous allez bien mais je n'ai pas souvent la réponse. Enfin... "On est là", "on est ensemble". Jusque mi-juillet.
Je suis joignable au : 06 29 78 97 86
A bientôt.
Pour votre information : il semble que ce modeste blog a des lecteurs et RTL en a pris connaissance. Faisant une émission cet été sur les "Français de l'étranger", cette radio souhaite m'interroger. Je passe en direct le mercredi 2 juillet, durant 30 minutes entre 21 et 23 heures. Gardez l'écoute!