Maroua, Mouda, Mindif...

Publié le par Benjamin DURIEZ

 

 
Il faut que je vous conte un peu ces derniers jours qui ont encore été bien agréables et bien remplis.

Alors, jeudi je suis parti pour Maroua juste après le déjeuner en compagnie de Godelive, une soeur congolaise des Ouvriers Silencieux de la Croix (spécialisés dans le handicap). J'ai à peine eu le temps de jeter quelques affaires dans mon sac. Je ne savais pas où j'allais dormir. Heureusement après un échange de textos laborieux vu les problèmes de réseau, Arnaud, un volontaire DCC de Maroua depuis mars, a accepté bien volontiers que je loge chez lui.
Nous arrivons donc à Maroua à 15h. Sur la route, je constate combien l'absence de pluie bouleverse le paysage auquel je m'étais déjà habitué. La verdure s'estompe pour que gagne le sable et l'herbe dorée. C'est à peine si je reconnais l'enchainement de collines qui longe par intermittence la route jusque Maroua. Les mayos sont presque vides, la foule s'y pressant pour laver son linge, s'y baigner et profiter de leur fraîcheur une dernière fois.

Godelive me dépose non loin du centre pour aveugles avec lequel je dois travailler pour un projet de déménagement et d'extension sur un nouveau terrain. Malheureusement j'arrive trop tard pour voir le responsable, M. Bello Garey, lui-même aveugle. Je rencontre des élèves. Ils se débrouillent pas mal avec leurs cannes ; moi je fais tout pour être attentif et qu'ils me situent à peu près et surtout que lorsque l'un me tend la main je réagisse prestement pour la lui saisir. Sinon, il reste interdit, la main suspendue, dirigée dans l'inconnu. On me donne le numéro de Bello et rendez-vous est pris pour se retrouver le lendemain entre 8 et 11h. Qu'à cela ne tienne, je vais rejoindre Arnaud à la Procure (service financier du diocèse). Il travaille pour le CDD (comité diocésain pour le développement). Mais en route sur le clando (moto-taxi), je préfère m'arrêter à la Délégation provinciale du ministère de l'eau et l'énergie. Il faut que je les rencontre au sujet d'un forum sur l'eau potable qui se tient en novembre à Maroua. J'avais déjà rencontré une association néerlandaise qui l'organise avec eux mais je n'avais plus de nouvelles quant à notre invitation ; et je cherchais des données sur l'accès à l'eau dans la province et des documents concernant la politique de l'Etat en la matière. Je rencontre directement le délégué, je suis un peu gêné en tongs et short. Je lui explique le rôle que joue la Fondation Bethléem depuis 2005 dans le domaine des puits et des forages (20 puits et 22 forages, brevet déposé sur une pompe manuelle, organisation des villages pour l'entretien). Ca l'intéresse et il me présente un de ses agents qui bosse précisément sur le forum et me voilà immédiatement avec sur l'ordi les résultats de la préparation du forum. Il y a vraiment un mythe de l'homme blanc! Je repars ensuite pour la Procure, à pied (tout le monde me regarde car j'ai mon sac, je marche dans la rue et il n'y a que les pauvres qui font cela)...

J'y arrive et par hasard, Armelle, autre volontaire depuis un an, se trouve aussi dans le bureau d'Arnaud. Je m'installe et tout à coup Arnaud me dit "tiens il y a ton grand oncle là-bas". Là, j'ouvre une parenthèse. J'ai découvert en juin (dernier informé comme toujours) qu'un cousin de ma grand-mère paternelle a vécu ici en tant que missionnaire pendant 40 ans. Il a notamment écrit deux livres sur une ethnie des montagnes, les Kapsiki qui vivent dans la région de Rhumsiki, vous savez à présent où cela se trouve. Fin de parenthèse.
Je me précipite à sa rencontre. Je ne savais pas du tout qu'il était arrivé, je lui avais encore envoyé un mail le matin pour me renseigner. Franchement, j'étais ému de voir quelqu'un de ma famille, avec mon nom, si loin de chez moi. Il a 74 ans. Et plein de vitalité! Mais il a des problèmes pour son visa et repart dès le 26 octobre alors qu'il avait demandé un mois de plus. Ils doivent craindre qu'il reste là et se vengent de ce que la France fait subir aux demandeurs camerounais. Aussitôt on prévoit de boire une bière le soir même avec les autres (Jérôme ne peut pas). On se retrouve donc à la Porte Mayo (quel jeu de mot n'est-il pas!!) pour une pression. On
discute à 4, de ma famille, de sa vie ici, de son séjour. Une soirée bien agréable. Et en partant, il nous donne l'envie d'aller prendre un capitaine braisé à l'avion me laisse, un quartier de Maroua (une femme aurait loupé un avion en s'attardant ici une fois, il paraît). Un délice ; au menu : capitaine et maquereau braisés, salade, oignon et tomate, et bâton de manioc. Avec bière. Et la soirée passe bien agréablement.

Douce nuit chez Arnaud qui vit dans un quartier central de la ville. Sa maison est sympa et conviviale, mais petite. En tout cas il a de quoi me loger dans une deuxième chambre. Je passe une excellente nuit. Et le réveil est prévu à 6h, Arnaud devant aller dans un village pour 8h. Il me dépose à la sortie de la ville où j'attrappe un clando direction Oroutchéné, un quartier, et le Centre Shalom, accueil de jour pour enfants handicapés mentaux. Malheureusement, je trouve porte close. Mais pas de problème, je connais les voisins, un couple italo-camerounais travaillant pour la Fondation. Je reprends, forcé, un deuxième petit-dèj. On parle de mon oncle qu'ils connaissent très bien et qui a promis de m'emmener en pays Kapsiki. Nous nous rendons alors compte que le centre voisin sera fermé pour la journée car il respecte la 14ème journée mondiale de l'enseignant (des défilés sont organisés mais les RDV m'empêchent d'y aller). Le couple m'emmène chez l'italienne responsable du Centre Shalom. Je passe plus d'une heure à prendre des renseignements. Je monterai des dossiers plus tard pour elle, rien n'est urgent. Son mari camerounais, artiste, m'emmène ensuite retrouver Bello l'aveugle (dans son centre). Je passe alors 3h avec lui à travailler sur le dossier de financement. Il me donne des pistes, m'explique ce qu'il a déjà tenté avec mon prédécesseur. Il est ravi de ma motivation, comprend tout très vite et sait être exact dans ses réponses. Je devrais vraiment réussir à trouver des trucs pour lui! Il me fait visiter enfin le centre de formation... Ce n'est pas marrant... Ils sont 25 pensionnaires à dormir sur 7 matelas.... Là il y a urgence!!

Je le quitte pour retrouver Jérôme, le volontaire parti avec moi, qui me fait monter pour la deuxième fois au château d'eau de l'orphelinat où il loge la plupart du temps. Il s'agit de prendre des photos du terrain utilisé pour la pisciculture car les premières n'étaient pas droites... sympa! Lui ne peut pas pour cause de vertige... Moi aussi j'ai peur vu l'aspect de fragilité de la structure et les soudures de l'échelle! Je redescend vivant, un peu tremblant et nous repartons ensuite pour rencontrer plusieurs personnes... (associations, entreprises), nous retournons même au ministère de l'eau. Puis à la Procure où nous rencontrons mon oncle. Il m'emmènera dans les montagnes à partir de dimanche jusque vendredi prochain (de grands moments en perspective). Nous avons prévu de manger chez Arnaud avec Armelle. Le repas est super sympa. Nous faisons du guacamole, des sortes de knacki, du pop-corn. Le tout avec bières... comme d'hab'!

La nuit se passe mal pour moi. Trop d'excitation de cette journée tant remplie. Et des moustiques (pas de moustiquaire). Réveil à 5h30 pour aller jouer au foot avec les collègues d'Arnaud. Jérôme n'a pas voulu car il s'est foulé la cheville paraît-il. Il est un peu fragile le petiot! Bon, ce foot n'est pas top car nous nous retrouvons 4. Alors ça ressemble plus à un décrassage... Mais bon ça défoule!

Après, nous partons avec Jérôme et Armelle pour la Fondation à Mouda, pour le repas de midi, faire de l'équitation (il y a des chevaux à la Fondation alors c'est décidé, je m'y mets, en douceur), et qu'Arnaud découvre mon lieu de villégiature (Armelle est déjà venue lundi dernier). Ensuite, balade sur la colline d'à côté, apéro avec bières... Magnifique coucher de soleil, le temps s'arrête. Les italiennes font à manger (un gâteau au yaourt et nutella!! mmmh).
Puis nous regardons le rugby, ça me semble lointain. Au bout d'une demi-heure, je préfère discuter avec les filles. La France gagne...

Dodo extrêmement profond. Lendemain matin, départ pour Mindif, deux italiennes avec nous. C'est la montagne en forme de dent qui se découpe sur une des photos dans "environs de Mouda". Il fait très chaud, on monte vite jusqu'au rocher impossible à escalader sans matos. Nous avons une vue imprenable... Mais la descente est très périlleuse. Les autres font ça sur les fesses, se brûlant la paume des mains sur la pierre bouillante. Je m'arrange pour rester debout malgré la forte pente. J'ai mon béret franco-français (petit clin d'oeil à ceux qui s'en sont moqués). Arrivé en bas, nous achetons de quoi manger mais la ville n'a plus une goutte à boire... Et la voiture ne veut pas démarrer. Des gens viennent jeter un oeil dans le moteur, puis tout le monde pousse. En tout, une heure d'attente et hop ça redémarre... un peu de frayeur (pas de réseau, peu d'argent, rien à boire). Lorsque nous arrivons, on nous prévient que les Clowns Sans Frontières sont arrivés!! Des Espagnols... Je vais donc voir le spectacle avec tous les enfants qui ont été légèrement maquillés. Ce n'est pas exceptionnel mais voir la frousse des enfants pour certains numéros est si drôle... l'homme en échasse qui fait semblant de tomber sur le public qui fuit! Les enfants sont vraiment attachants et demandeurs d'attention.
Et voilà un week-end qui se termine...
Sey nyande feere! (à un autre jour)
 
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