Et non, je ne suis pas mort… J’ai failli l’être fin octobre.
Mais (re)commençons par le (re)commencement. Et pardon pour ce silence. Et vous verrez que beaucoup de choses ont changé dans ma vie !
Alors alors… Où en étais-je ? Géographiquement, toujours au même endroit malgré un déplacement au sud. Bloguement, il y a longtemps !
En octobre, j’ai eu le bonheur d’apprendre que le projet d’adduction d’eau que j’avais proposé à la Communauté Urbaine Grand Lyon a été approuvé. Un montant important et un bouleversement exceptionnel des conditions de vie de notre village et de celui voisin. Imaginez, nous espérons ne plus avoir à utiliser les forages à pompe manuel et puits à ciel ouvert : fatigant, perte de temps (les femmes puisent même la nuit parfois). Souvent, ils se tarissent en plein cœur de la saison sèche, certains enfants sont déscolarisés pour remplir les seaux et la corvée d’eau. Les robinets publics changeront la donne, des emplois de vendeurs d’eau se créeront… La population est très dynamique pour ce projet. Mais jusqu’à aujourd’hui on attend l’argent pour que cela devienne effectif.
Avec Jérôme nous avons accueilli les nouveaux volontaires : Fleur, ex-volontaire DCC en Palestine qui remplace Armelle (professeur à Maroua en projets) et Timothée (animateur eau à Maroua pour le diocèse). Aujourd’hui, nous nous voyons fréquemment, l’entente est excellente. Je retrouve toujours quelque chose, un dénominateur commun avec les autres volontaires. Sans nous connaître il y a dans le départ et l’aventure quelque chose de partagé, d’indicible mais de palpable.
Mi-octobre, nous avons fêté l’anniversaire de Thierry à Maroua. La fête fut très bien, comme toujours Martine ayant très bien préparé les choses. Nous étions nombreux et les Italiens de la Fondation étaient aussi invités. Jérôme ayant ramené de quoi jouer au badminton, nous avons improvisé une petite partie.
Fin octobre-début novembre, après une promenade dominicale sur un mont autour de Maroua, en plein soleil et sans chapeau… insolation que j’ai senti venir immédiatement. Elle a dégénéré au bout de 2 jours en crise de palu. Et m’a cloué 10 jours au lit. J’ai vraiment pensé au rapatriement après 4 jours de vomissements très intensifs et une pesée de 54 kg à l’hôpital. Bref, avec de la patience et 3 traitements différents le parasite m’a libéré.
D’ailleurs pendant ce temps j’ai appris une magnifique nouvelle : mon frère Guillaume, qui venait de me rendre visite devenait papa pour la première fois. Un petit François. Bonne arrivée sur Terre à lui et j’ai hâte de le rencontrer !
En novembre j’ai par contre eu une mauvaise nouvelle : le gros projet monté pour l’Union Européenne n’a pas été retenu, à la dernière étape. J’y croyais… et ça vient compliquer la réalisation de certains autres projets, notamment l’électrification de Moussourtouk.
Toujours en novembre, l’envie m’a pris d’organiser un grand grand événement pour faire connaître la Fondation
Bethléem. Nous avons reçu l’an dernier un don privé pour faire un centre sportif. Nous cherchons à compléter le montant disponible pour réaliser une structure complète (musique, sport, culture,
école de formation de football…). Les gens du village sont enthousiastes et nous espérons tous que cela pourra ouvrir avec des équipements intéressants. La pratique du sport, de la musique
est
une activité importante,
même ici. Et pouvoir dépasser la simple partie de football avec d’autres sports possibles est un atout. Le développement ne peut pas se réduire à un simple « boire – manger ». Tout
homme a besoin de rêve, de dépassement.
Et pour l’inauguration, nous essayons d’organiser un match d’exhibition entre le Coton Sport de Garoua (club local 9 fois champion du Cameroun et finaliste 2008 de la Champions League) et… l’Olympique Lyonnais ou Milan AC. Nous essayons d’entrer en contact… Nous avons le soutien de Jean-Alain Boumsong. Cet événement serait complété avec des concerts (MTN, un opérateur téléphonique est prêt pour faire venir du beau monde…). Si ça marche, ça va faire du bruit. Et ce sera une belle fête pour tous.
Fin novembre, je suis descendu au sud du pays pour un séminaire à Kribi avec l’UNICEF. Cela tombait mal car je sortais tout juste de mon palu mais cela tombait bien car le hasard faisait que les volontaires DCC du sud se retrouvaient à Kribi 2 jours avant le séminaire donc j’ai pu être présent. Après un voyage sans encombre, un petit arrêt chez Max et Julie, nous avons passé 2 jours complets dans l’eau, à échanger sur nos expériences respectives. Nous sommes moins nombreux qu’au départ car il y a eu pas mal de défection mais le plaisir reste intact. Et ce fut aussi l’occasion de rencontrer les « nouveaux ».
J’ai ensuite participé au séminaire : expérience intéressante, que de se retrouver entouré des directeurs de cabinets des ministres, que de rédiger le plan de travail annuel, que de négocier ses projets…
Une fois ces 3 jours terminés, direction Douala pour faire le tour des entreprises (l’an dernier j’avais fait le tour des programmes de développement et autres acteurs officiels). J’ai surtout essayé de faire connaître notre projet de stade, un tel événement étant susceptible d’être une belle opportunité marketing. Cela m’a aussi permis de revoir Yaouba, mon ex-colocataire. Il travaille depuis juillet à Douala dans une petite usine de production de jus et vin. Quel plaisir de se retrouver, il est vraiment un ami cher. Je l’ai emmené chez Max et Julie à Pouma pour qu’il fasse leur connaissance. Ce week-end fut bien tranquille, avec comme événements principaux l’installation du premier curé d’une paroisse (messe de 4 heures avec balafons enflammés, et bon repas) et panne de la pompe hydraulique électrique du forage de l’hôpital de Max et Julie.
Au retour à l’Extrême Nord, j’avais beaucoup de travail qui m’attendait et la venue de Sophie pour les fêtes qui approchait. Lorsqu’elle était là, nous sommes allés à Lagdo profiter un peu de ne rien faire que se reposer au bord du lac. Ensuite, elle a rencontré beaucoup de gens, visité la prison pour savoir si elle revenait ici pour quelques mois en stage dans le cadre de son école d’avocat. Après de longues hésitations, elle a finalement décidé de tenter l’expérience. Pour revenir à sa première visite, nous avons d’abord eu la chance d’assister au FENAC (festival national des arts et de la culture). Avec un génial concert de Manu Di Bango. Le public de l’Extrême Nord est particulier car peu ouvert et exprime très directement son mécontentement ! Pauvres artistes… Des cases traditionnelles de quelques ethnies avaient été montées pour l’occasion. La mosaïque (incomplète) des peuples était représentée et la visite était vraiment intéressante.
Ens
uite, nous avons fêté le réveillon de Noël en amoureux (foie gras dans ma case, performance inédite !). Le 25
décembre, nous étions chez Yaouba sourd à Moutourwa. Le repas avec ses amis s’est déroulé avec la télé crachant du bikoutsi entêtant. Mais heureusement, nous avons eu ensuite un excellent moment convivial à discuter dans un bar puis nous sommes allés regarder la danse
traditionnelle. Nous avons une manière de fêter extrêmement différente. C’en est presque dur à expliquer, mais cela ne se fait pas forcément en famille, le repas n’est pas aussi sacré que chez
nous. Par contre c’est beaucoup plus religieux et le volet consumériste à outrance est encore absent (c’est moins vrai au sud du pays). Je me demande si développement doit se marier avec
perte d’identité mais j’ai bien cette impression parfois. Avec le confort matériel, on prend du
recul sur soi-même, on se détache par orgueil de sa tradition jusqu’à l’oublier parfaitement. On se met à copier des modes qui ne sont pas les nôtres… allez stop, c’était la brève réflexion du
jour.
Le 26, j’ai invité Sophie à la Porte Mayo. Au menu : cuisses de grenouille à la provençale, canard aux mangues, gésiers de canard au cassis et 3 poivres… J’en salive encore !
Les parents de Jérôme étant aussi
présents, nous avons passé un week-end ensemble à Douroum, dans un
centre d’accueil. Nous étions accompagnés d’autres volontaires, notamment québécois. Ce fut une immense tranche de rigolade, de bière, de bil-bil, de danse traditionnelle et de promenades en
montagne (à pied et en pick-up). Les Monts Mandara sont un endroit sublime et surprenant avec leurs montagnes qui ne semblent que constituées d’éboulis. Au retour, Sophie s’est tressée, un
supplice de 8 heures réparti sur 2 jours. Puis ce fut le nouvel an. Un couscous algérien avec quelques volontaires puis une virée en boîte de nuit jusqu’au petit matin. Nous avons eu un mal de
chien à rentrer en boîte car nous manquions tous d’argent. Pas facile d’être volontaires et de vouloir mener la grande vie. Jérôme qui n’aime pas danser s’est purement et simplement consolé avec
la bouteille de whisky. Une soirée mémorable.
Sophie repartie le 3 janvier, il me restait à me replonger ardemment dans le travail pour avoir du temps à lui consacrer lors de son retour et que le début de son stage se déroule bien. J’ai surtout passé du temps à gérer les projets UNICEF (établissement d’actes de naissance et sensibilisation à la traite des enfants). La principale difficulté est d’obtenir la contribution des parents, même si ce n’est que 1.000 F.CFA (1,5 €).
Nous sommes allés aussi durant 2 jours à Garoua avec Danilo. L’objectif était de rencontrer le président du club Coton Sport et le chef du marketing de MTN. Ce fut chose faite, et leur soutien est vraiment complet. Le club étant même prêt à prêter son stade pour éventuellement faciliter la tenue d’une rencontre d’exhibition avec un club européen (ils ont de la pelouse, nous n’avons que de la latérite ce qui peut s’avérer problématique pour qu’évoluent des gens qui valent des millions (d’euros, pas de CFA !)). Ce déplacement a été l’occasion aussi de beaucoup parler avec Danilo, nous sommes assez proches et même complices dans nos « petites affaires et projets ».
Un autre projet a aussi été approuvé et nous le mettons progressivement en place depuis début février. Il s’agit de creuser 2 mares artificielles pour faciliter l’élevage du bétail, principale source de richesse ; creuser aussi 2 puits pour créer des jardins communautaires écoles et ainsi diversifier la production maraîchère, quasi-inexistante. Des formations et suivis individuels seront organisés par un animateur afin de diffuser des techniques simples, traditionnelles et respectueuses de l’environnement. La reforestation est aussi un des objectifs. C’est l’ONG espagnole Manos Unidas qui finance cela, durant 2 ans, pour un montant important.
A présent, Sophie est revenue depuis 1 mois. Mon style de vie a radicalement
changé car je ne vis plus dans ma case mais un charmant « 2 pièces » avec cuisine, douche et WC ! Et je ne suis plus seul… Avant de quitter ma précédente demeure, j’ai organisé une
petite fête avec 2 chèvres, des frites de patates douces, de la bière et 40 invités. C’était un excellent moment. Et quelques jours avant son arrivée, une étudiante française en ethnologie m’a
prêté sa voiture le temps de la présence de Sophie au Cameroun (15 € par semaine, un cadeau). Le jour où elle me donne les clés, nous étions à Mouda, elle et ses parents devaient retourner à
Maroua. Elle me propose de conduire pour les emmener. J’accepte, je démarre, je recule et boum ! un arbre ! J’ai un peu abîmé le coffre mais bon… ils m’ont quand même fait confiance
malgré ce démarrage en trombe. Voilà pour l’anecdote.
Au boulot, depuis le début du mois, j’ai un nouveau collaborateur, Ahidjo (le nom du premier président du Cameroun) qui me semble mieux que les précédents (le premier était parti pour manque de dynamisme et de compétences, le deuxième pour abus de confiance…). J’ai du mal avec la gestion des ressources humaines ici.
Au début de ce mois, nous avons eu droit à la visite de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur d’Italie qui a d’ailleurs remis l’équivalent italien de la légion d’honneur à Danilo. Celui-ci devient donc « il cavaliere » ! Mais pas comme l’autre, le Mussolini des temps modernes.
Quant à moi, j’ai eu la visite de mon père et son amie, pour 10 petits jours. Leur séjour leur a énormément plu : visite de la Fondation Bethléem, les pics de Rhumsiki, les terrasses de
Djingliya, le lac de Maga, les cases obus de Pouss (avec une petite négociation en direct avec l’ambassade des USA !), les animaux sauvages de Waza et la douceur de Maroua. On va essayer de
leur demander leurs impressions…
Et voilà… J’avais commencé en disant que je n’étais pas mort et clairement il faut dire que je revis. Nous avons même fait des crêpes au Nutella avec ma chérie… Je pense que je prends du poids. Haaa l’amour ! Ca me fait faire mes lessives et du repassage. Oulala, je risque la crise de palu à ce rythme.
Je vous embrasse tous bien fort. A bientôt.
Nous sommes ensuite partis vers la
montagne pour aller manger chez le chef et assister à des danses traditionnelles. Sur la route, la voiture s'embourbe encore. Après une marche sous un soleil ardent et le ventre vide, nous
arrivons au sommet. Vue magnifique. Mais le saré du chef est complètement abandonné. Simon était mal renseigné, le chef est mort l'an dernier, vive le chef! Son fils ne veut pas vivre seul en
haut, il est donc dans la vallée, comme tout le monde...
les sens se mettent en alerte et je sais que le plateau n'est plus loin, je connais son
aspect vu les photos vues chez les amis volontaires. Et pan! Voici face à moi, au détour du chemin, paisible et éternel, un plateau de verdure majestueux. Il s'agit d'un grand cratère entouré de
montagnes, on distingue au fond de cet espace le village. Et au milieu, les lacs : le lac femelle et le lac mâle, cratères creusés dans la plaine. Ces noms indiquent selon qu'il est facile à
atteindre ou non. Nous entamons la descente, des vaches nous coursent mais le fulfuldé impératif de Zounédou les décourage. Et oui, ces vaches, et accessoirement leurs propriétaires, parlent
fufuldé (quelque
peu différencié de celui de
l'Extrême Nord). Je suis heureux de pouvoir communiquer (partiellement) avec ces villageois du bout du monde. Le chef nous accueille chaleureusement et nous propose de dormir au sein de sa
maison. Le repas dans la cuisine traditionnelle au feu de bois est un moment d'échange important. Un peu tacite, beaucoup complice avec les jeunes filles et quelques enfants. La fumée pique les
yeux, les sourires naissent.
Après une nuit difficile question amibes, nous
repartons en faisant un saut dans l'eau du lac femelle (les 2 lacs ne sont séparés que par une mince et haute bande de terre). La descente est rapide et nous enchaînons directement avec les
chutes d'Ekom Nkam à moins de 15 Km.
La longue
piste détrempée et glissante qui y mène a failli nous tuer, à 3 sur une moto avec nos gros sacs. De dérapages en dérapages, nous progressons, le taxi-man faisant montre d'un excellent jeu de
jambes pour garder notre fragile équilibre. Et enfin, les chutes se dévoilent d'abord à l'ouïe puis au toucher avec le brouillard de pluie. Et la vue complète tout cela. Le cadre est somptueux.
Ces chutes sont le théâtre de la scène d'ouverture du film "Greystoke" sur Tarzan avec Christophe Lambert. 80 mètres de chutes libres, depuis une trouée en pleine jungle. Les aménagements par la
population locale sont réduits et préservent en intégralité le lieu. La nature est là, maîtresse impétueuse que rien ne peut dompter.
Le soir, je parviens seul à Dschang, chez Marion,
Zounédou étant reparti vers Douala. Elle est venue mettre en place un élevage de poulets de chair au sein d'une ferme école et la réussite étant là, elle a invité qui pouvait à une dégustation
directement à la ferme. J'ai répondu présent et une petite
randonnée dans cette Suisse africaine démarre le samedi 14 juin après-midi. Le payasage est très vallonné, il fait assez frais le soir. Le repas est une réussite. Le lendemain, me
voilà en route pour Yaoundé où j'arrive tardivement. Je retrouve le sculpteur Feromeo qui m'offre le lundi matin une oeuvre que j'apprécie énormément. Mesurant 1m50, j'ai réussi à l'emporter en
bagage à main dans l'avion. Je rejoins le soir Stéphane à Makak, par le train, vers Douala. Il me fait visiter son collège où il enseigne l'informatique. Les cours sont finis. Le mardi soir, nous
assistons rapidement aux dernières minutes d'une défaite face à l'Italie. Je me trouve exactement là où je dois être. Loin de la France pour ne pas être pleinement affecté par ce genre
d'événement très mineur en réalité. Et loin de la Fondation Bethléem pour ne pas subir les quolibets de mes compagnons latins. Ouf!!
pas trop fêté car pas vraiment annoncé mais quelques bières bues tout de même. Un
week-end à Guider (province du Nord) très calme, dans la chaleur torride. Quelques fins de semaine sans rien de particulier, dans la quiétude de Maroua ou Mouda. La fin de la mission de
Catherine, volontaire à Garoua, fêtée noctambulement en boîte de nuit à Maroua. Trois ans et demi que Catherine était là, elle repart avec un mari pour la France. Il y eut aussi le 20 mai, fête
nationale. Je suis allé voir les enfants défiler. C'est vraiment fortement ancré en eux, très militaire mais la fête se limite un peu à ça. Et il y a eu le boulot tranquille, routinier,
toujours speed et même parfois stressant!
Franchement, quel
décalage! Et quelle rigolade avec Umberto. Notre anglais est vraiment à marée basse et eux avaient peur de tout. Ils pensaient qu'il fallait fermer les portières des voitures pour éviter que les
villageois leur volent (ils étaient 2 dans 2 picks-ups!). Bref, on ne vit pas dans le même monde. J'avais envie de parler du 11 septembre, mais je me suis dit que c'était leur grand patron que je
devais questionner à ce sujet. Je mettrai des photos dès que j'ai le temps (fin du mois). En tout cas, nous sommes contents de cette subvention vraiment utile et à laquelle nous ne nous
attendions pas spécialement.
donnant une ombre agréable. Vu de haut, cela frappe le regard et chaque
quartier apparaît, une grande rumeur monte dans la chaleur. Vous pouvez avoir la même vue en utilisant Google Earth et en cherchant Maroua, vers le Lac Tchad. Si vous connaissiez un peu, vous
verriez même la Maison Daniel Brottier, l'orphelinat de Thierry.
Allez, pour imager ce discours, voici quelques photos de chez moi!