Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /Fév /2009 12:25

Et non, je ne suis pas mort… J’ai failli l’être fin octobre.

Mais (re)commençons par le (re)commencement. Et pardon pour ce silence. Et vous verrez que beaucoup de choses ont changé dans ma vie !

 

Alors alors… Où en étais-je ? Géographiquement, toujours au même endroit malgré un déplacement au sud. Bloguement, il y a longtemps !

 

En octobre, j’ai eu le bonheur d’apprendre que le projet d’adduction d’eau que j’avais proposé à la Communauté Urbaine Grand Lyon a été approuvé. Un montant important et un bouleversement exceptionnel des conditions de vie de notre village et de celui voisin. Imaginez, nous espérons ne plus avoir à utiliser les forages à pompe manuel et puits à ciel ouvert : fatigant, perte de temps (les femmes puisent même la nuit parfois). Souvent, ils se tarissent en plein cœur de la saison sèche, certains enfants sont déscolarisés pour remplir les seaux et la corvée d’eau. Les robinets publics changeront la donne, des emplois de vendeurs d’eau se créeront… La population est très dynamique pour ce projet. Mais jusqu’à aujourd’hui on attend l’argent pour que cela devienne effectif.

 

Avec Jérôme nous avons accueilli les nouveaux volontaires : Fleur, ex-volontaire DCC en Palestine qui remplace Armelle (professeur à Maroua en projets) et Timothée (animateur eau à Maroua pour le diocèse). Aujourd’hui, nous nous voyons fréquemment, l’entente est excellente. Je retrouve toujours quelque chose, un dénominateur commun avec les autres volontaires. Sans nous connaître il y a dans le départ et l’aventure quelque chose de partagé, d’indicible mais de palpable.



Mi-octobre, nous avons fêté l’anniversaire de Thierry à Maroua. La fête fut très bien, comme toujours Martine ayant très bien préparé les choses. Nous étions nombreux et les Italiens de la Fondation étaient aussi invités. Jérôme ayant ramené de quoi jouer au badminton, nous avons improvisé une petite partie.

 

Fin octobre-début novembre, après une promenade dominicale sur un mont autour de Maroua, en plein soleil et sans chapeau… insolation que j’ai senti venir immédiatement. Elle a dégénéré au bout de 2 jours en crise de palu. Et m’a cloué 10 jours au lit. J’ai vraiment pensé au rapatriement après 4 jours de vomissements très intensifs et une pesée de 54 kg à l’hôpital. Bref, avec de la patience et 3 traitements différents le parasite m’a libéré.

D’ailleurs pendant ce temps j’ai appris une magnifique nouvelle : mon frère Guillaume, qui venait de me rendre visite devenait papa pour la première fois. Un petit François. Bonne arrivée sur Terre à lui et j’ai hâte de le rencontrer !

 

En novembre j’ai par contre eu une mauvaise nouvelle : le gros projet monté pour l’Union Européenne n’a pas été retenu, à la dernière étape. J’y croyais… et ça vient compliquer la réalisation de certains autres projets, notamment l’électrification de Moussourtouk.

 

Toujours en novembre, l’envie m’a pris d’organiser un grand grand événement pour faire connaître la Fondation Bethléem. Nous avons reçu l’an dernier un don privé pour faire un centre sportif. Nous cherchons à compléter le montant disponible pour réaliser une structure complète (musique, sport, culture, école de formation de football…). Les gens du village sont enthousiastes et nous espérons tous que cela pourra ouvrir avec des équipements intéressants. La pratique du sport, de la musique est une activité importante, même ici. Et pouvoir dépasser la simple partie de football avec d’autres sports possibles est un atout. Le développement ne peut pas se réduire à un simple « boire – manger ». Tout homme a besoin de rêve, de dépassement.

Et pour l’inauguration, nous essayons d’organiser un match d’exhibition entre le Coton Sport de Garoua (club local 9 fois champion du Cameroun et finaliste 2008 de la Champions League) et… l’Olympique Lyonnais ou Milan AC. Nous essayons d’entrer en contact… Nous avons le soutien de Jean-Alain Boumsong. Cet événement serait complété avec des concerts (MTN, un opérateur téléphonique est prêt pour faire venir du beau monde…). Si ça marche, ça va faire du bruit. Et ce sera une belle fête pour tous.

 

Fin novembre, je suis descendu au sud du pays pour un séminaire à Kribi avec l’UNICEF. Cela tombait mal car je sortais tout juste de mon palu mais cela tombait bien car le hasard faisait que les volontaires DCC du sud se retrouvaient à Kribi 2 jours avant le séminaire donc j’ai pu être présent. Après un voyage sans encombre, un petit arrêt chez Max et Julie, nous avons passé 2 jours complets dans l’eau, à échanger sur nos expériences respectives. Nous sommes moins nombreux qu’au départ car il y a eu pas mal de défection mais le plaisir reste intact. Et ce fut aussi l’occasion de rencontrer les « nouveaux ».


J’ai ensuite participé au séminaire : expérience intéressante, que de se retrouver entouré des directeurs de cabinets des ministres, que de rédiger le plan de travail annuel, que de négocier ses projets…

Une fois ces 3 jours terminés, direction Douala pour faire le tour des entreprises (l’an dernier j’avais fait le tour des programmes de développement et autres acteurs officiels). J’ai surtout essayé de faire connaître notre projet de stade, un tel événement étant susceptible d’être une belle opportunité marketing. Cela m’a aussi permis de revoir Yaouba, mon ex-colocataire. Il travaille depuis juillet à Douala dans une petite usine de production de jus et vin. Quel plaisir de se retrouver, il est vraiment un ami cher. Je l’ai emmené chez Max et Julie à Pouma pour qu’il fasse leur connaissance. Ce week-end fut bien tranquille, avec comme événements principaux l’installation du premier curé d’une paroisse (messe de 4 heures avec balafons enflammés, et bon repas) et panne de la pompe hydraulique électrique du forage de l’hôpital de Max et Julie.

 

Au retour à l’Extrême Nord, j’avais beaucoup de travail qui m’attendait et la venue de Sophie pour les fêtes qui approchait. Lorsqu’elle était là, nous sommes allés à Lagdo profiter un peu de ne rien faire que se reposer au bord du lac. Ensuite, elle a rencontré beaucoup de gens, visité la prison pour savoir si elle revenait ici pour quelques mois en stage dans le cadre de son école d’avocat. Après de longues hésitations, elle a finalement décidé de tenter l’expérience. Pour revenir à sa première visite, nous avons d’abord eu la chance d’assister au FENAC (festival national des arts et de la culture). Avec un génial concert de Manu Di Bango. Le public de l’Extrême Nord est particulier car peu ouvert et exprime très directement son mécontentement ! Pauvres artistes… Des cases traditionnelles de quelques ethnies avaient été montées pour l’occasion. La mosaïque (incomplète) des peuples était représentée et la visite était vraiment intéressante.


Ens uite, nous avons fêté le réveillon de Noël en amoureux (foie gras dans ma case, performance inédite !). Le 25 décembre, nous étions chez Yaouba sourd à Moutourwa. Le repas avec ses amis s’est déroulé avec la télé crachant du bikoutsi entêtant. Mais heureusement, nous avons eu ensuite un excellent moment convivial à discuter dans un bar puis nous sommes allés regarder la danse traditionnelle. Nous avons une manière de fêter extrêmement différente. C’en est presque dur à expliquer, mais cela ne se fait pas forcément en famille, le repas n’est pas aussi sacré que chez nous. Par contre c’est beaucoup plus religieux et le volet consumériste à outrance est encore absent (c’est moins vrai au sud du pays). Je me demande si développement doit se marier avec perte d’identité mais j’ai bien cette impression parfois. Avec le confort matériel, on prend du recul sur soi-même, on se détache par orgueil de sa tradition jusqu’à l’oublier parfaitement. On se met à copier des modes qui ne sont pas les nôtres… allez stop, c’était la brève réflexion du jour.

Le 26, j’ai invité Sophie à la Porte Mayo. Au menu : cuisses de grenouille à la provençale, canard aux mangues, gésiers de canard au cassis et 3 poivres… J’en salive encore !

 

Les parents de Jérôme étant aussi présents, nous avons passé un week-end ensemble à Douroum, dans un centre d’accueil. Nous étions accompagnés d’autres volontaires, notamment québécois. Ce fut une immense tranche de rigolade, de bière, de bil-bil, de danse traditionnelle et de promenades en montagne (à pied et en pick-up). Les Monts Mandara sont un endroit sublime et surprenant avec leurs montagnes qui ne semblent que constituées d’éboulis. Au retour, Sophie s’est tressée, un supplice de 8 heures réparti sur 2 jours. Puis ce fut le nouvel an. Un couscous algérien avec quelques volontaires puis une virée en boîte de nuit jusqu’au petit matin. Nous avons eu un mal de chien à rentrer en boîte car nous manquions tous d’argent. Pas facile d’être volontaires et de vouloir mener la grande vie. Jérôme qui n’aime pas danser s’est purement et simplement consolé avec la bouteille de whisky. Une soirée mémorable.

 

Sophie repartie le 3 janvier, il me restait à me replonger ardemment dans le travail pour avoir du temps à lui consacrer lors de son retour et que le début de son stage se déroule bien. J’ai surtout passé du temps à gérer les projets UNICEF (établissement d’actes de naissance et sensibilisation à la traite des enfants). La principale difficulté est d’obtenir la contribution des parents, même si ce n’est que 1.000 F.CFA (1,5 €).

Nous sommes allés aussi durant 2 jours à Garoua avec Danilo. L’objectif était de rencontrer le président du club Coton Sport et le chef du marketing de MTN. Ce fut chose faite, et leur soutien est vraiment complet. Le club étant même prêt à prêter son stade pour éventuellement faciliter la tenue d’une rencontre d’exhibition avec un club européen (ils ont de la pelouse, nous n’avons que de la latérite ce qui peut s’avérer problématique pour qu’évoluent des gens qui valent des millions (d’euros, pas de CFA !)). Ce déplacement a été l’occasion aussi de beaucoup parler avec Danilo, nous sommes assez proches et même complices dans nos « petites affaires et projets ».

 

Un autre projet a aussi été approuvé et nous le mettons progressivement en place depuis début février. Il s’agit de creuser 2 mares artificielles pour faciliter l’élevage du bétail, principale source de richesse ; creuser aussi 2 puits pour créer des jardins communautaires écoles et ainsi diversifier la production maraîchère, quasi-inexistante. Des formations et suivis individuels seront organisés par un animateur afin de diffuser des techniques simples, traditionnelles et respectueuses de l’environnement. La reforestation est aussi un des objectifs. C’est l’ONG espagnole Manos Unidas qui finance cela, durant 2 ans, pour un montant important.


 

A présent, Sophie est revenue depuis 1 mois. Mon style de vie a radicalement changé car je ne vis plus dans ma case mais un charmant « 2 pièces » avec cuisine, douche et WC ! Et je ne suis plus seul… Avant de quitter ma précédente demeure, j’ai organisé une petite fête avec 2 chèvres, des frites de patates douces, de la bière et 40 invités. C’était un excellent moment. Et quelques jours avant son arrivée, une étudiante française en ethnologie m’a prêté sa voiture le temps de la présence de Sophie au Cameroun (15 € par semaine, un cadeau). Le jour où elle me donne les clés, nous étions à Mouda, elle et ses parents devaient retourner à Maroua. Elle me propose de conduire pour les emmener. J’accepte, je démarre, je recule et boum ! un arbre ! J’ai un peu abîmé le coffre mais bon… ils m’ont quand même fait confiance malgré ce démarrage en trombe. Voilà pour l’anecdote.

 

Au boulot, depuis le début du mois, j’ai un nouveau collaborateur, Ahidjo (le nom du premier président du Cameroun) qui me semble mieux que les précédents (le premier était parti pour manque de dynamisme et de compétences, le deuxième pour abus de confiance…). J’ai du mal avec la gestion des ressources humaines ici.

 

Au début de ce mois, nous avons eu droit à la visite de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur d’Italie qui a d’ailleurs remis l’équivalent italien de la légion d’honneur à Danilo. Celui-ci devient donc « il cavaliere » ! Mais pas comme l’autre, le Mussolini des temps modernes.

 

Quant à moi, j’ai eu la visite de mon père et son amie, pour 10 petits jours. Leur séjour leur a énormément plu : visite de la Fondation Bethléem, les pics de Rhumsiki, les terrasses de Djingliya, le lac de Maga, les cases obus de Pouss (avec une petite négociation en direct avec l’ambassade des USA !), les animaux sauvages de Waza et la douceur de Maroua. On va essayer de leur demander leurs impressions…

 

Et voilà… J’avais commencé en disant que je n’étais pas mort et clairement il faut dire que je revis. Nous avons même fait des crêpes au Nutella avec ma chérie… Je pense que je prends du poids. Haaa l’amour ! Ca me fait faire mes lessives et du repassage. Oulala, je risque la crise de palu à ce rythme.

 

Je vous embrasse tous bien fort. A bientôt.

Par Benjamin DURIEZ
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 09:32

Voici un article écrit par mon frère après son séjour au Cameroun :


"Septembre, l’heure de la rentrée pour tout le monde. C’est le moment de prendre des vacances. Direction le Cameroun pour 3 semaines avec une amie. Allons voir un peu si la brousse ressemble à ce qu’en dit Benjamin sur son blog…

 

1) Première constatation, le Cameroun, c’est très grand. Presque 2 000 kilomètres du nord au sud. Alors, pour se rendre de Douala au sud à Maroua dans l’Extrême-Nord, il faut s’accrocher :

- C’est d’abord parti pour 4 heures de bus de Douala à Yaoundé, le long de l’ « axe lourd », le plus fréquenté du pays puisqu’il relie la capitale économique (et accessoirement le plus grand port) à la capitale politique.

- Arrivé à Yaoundé, il est temps de prendre le train de nuit. 16 heures (dans le meilleur des cas) pour se rendre à Ngaoundere. Cela se fait sans problèmes… sauf quand c’est la rentrée scolaire et que tout le Cameroun rentre au village. Dans ces conditions, cela nous donne le droit à une nuit mémorable assis sur son sac, entre les bâtons de manioc qui s’échangent de main en main, accompagnés par la voix tonitruante des prédicateurs religieux.

- A Ngaoundere, terminus, tout le monde descend ! Ne restent plus que 8 à 9 heures de bus jusque Maroua, à sauter sur chaque nid de poule et surtout sur les milliers de dos d’âne qui parsèment les routes camerounaises (valeureuse mais souvent vaine tentative de ralentir les fous furieux du volant). Dans le bus, les prédicateurs ferroviaires sont remplacés par un charlatan-guérisseur-bonimenteur. En avant pour deux heures de speech, le temps de passer en revue son stock de médicaments-miracle (certains censés guérir le sida, d’autres carrément ressusciter les morts). C’est drôle mais aussi inquiétant parce que les passagers achètent en masse. Espérons qu’ils iront quand même à l’hôpital le jour où ils seront vraiment malades.

 

2) Deuxième constatation, le Cameroun, c’est beau. Il y a d’abord les paysages, extrêmement variés : on ne s’ennuie pas, de la savane aux palmiers le long des plages volcaniques, des chefferies imposantes de l’Ouest aux petites cases en terre de l’Extrême-Nord, de la végétation luxuriante du sud aux champs de mil du nord, des lacs magiques du mont Manengouba aux pics de Rhumsiki…


Et puis, il y a les gens : là aussi, la diversité règne entre les grands costauds du sud et les grands longilignes du nord, sans compter les Peuls au nez « européen ». Et encore, on n’a pas rendu visite aux petits Pygmées de l’Est. Et puis, quel plaisir de pouvoir parler français partout : dans la voiture à quatre sur la banquette arrière, en buvant du bilbil (l’alcool de mil) au marché, autour d’un délicieux poisson braisé, en partageant la boule de mil dans un village (parler permet d’ailleurs de faire passer la boule, pas franchement digeste)… Finalement, l’anglais, c’est bien mais la francophonie, c’est tellement mieux !

D’ailleurs, au Cameroun, un pays officiellement bilingue (français et anglais, les centaines de dialectes locaux ne comptant pas parmi les langues officielles), le français se débrouille beaucoup mieux que l’anglais. Là où les Camerounais francophones parlent et écrivent un français très correct (sans doute meilleur que celui pratiqué par une bonne partie des Français), les Camerounais anglophones ont inventé le pidgin, un horrible dialecte que je mets la reine d’Angleterre au défi de comprendre.

 

3) Enfin, si ce voyage était aussi intéressant, c’est parce que j’ai pu découvrir un nouveau  pays en développement après le Cambodge, où j’ai travaillé pour Enfants du Mékong. Exercice périlleux que de vouloir comparer un pays où on a vécu un an avec un autre où on a passé 3 semaines de vacances, mais risquons-nous quand même.

Première surprise, malgré l’éloignement géographique des deux pays, ce sont d’abord les ressemblances qui frappent :

- l’atmosphère dans les villes : la circulation anarchique des motos, les marchés, même l’architecture urbaine est assez proche

- la résignation de la population face à la corruption visible des autorités (avec sans doute une violence latente plus forte chez les policiers camerounais)

- les conditions de transport : ici comme là-bas, 7 personnes dans la voiture, c’est le minimum syndical pour que le chauffeur accepte de partir. Les routes (au moins les axes principaux) sont quand même beaucoup mieux entretenus au Cameroun. Mais bon, comme les distances y sont bien plus grandes qu’au Cambodge, on arrive à peu près aussi fatigué.

 

Au fil du voyage cependant, les différences apparaissent peu à peu :

- Aussi dysfonctionnel soit-il, l’Etat camerounais semble remplir plus ou moins ses missions : ceux qui gagnent un salaire correct paient des impôts, les professeurs sont payés et viennent enseigner, les routes sont refaites quand leur état devient vraiment lamentable…

- Par rapport aux Cambodgiens, les Camerounais (du moins ceux que j’ai rencontrés) paraissent beaucoup moins isolés culturellement. Sans doute grâce à la télévision française, ils sont au courant de l’actualité internationale, ont un avis sur Bush et sur Sarkozy (là où les Cambodgiens n’ont même jamais entendu parler de Zidane).

 

Pour finir, si vous n’êtes pas encore convaincus, les vrais bonus du voyage : bronzage à tout épreuve et perte de poids garantie : - 4.5 kilos en 3 semaines.

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Bon, vous l’avez compris, un voyage au Cameroun s’impose pour découvrir tout ça..."

Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Tourisme
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 18:21
Voici quelques nouvelles des derniers temps...

Entamé le 30 septembre :
J'avais laissé un mail un peu désappointé la dernière fois, confiant les difficultés inhérentes au montage de projets. Au moins, sur ce plan là je peux être satisfait avec (enfin) des nouvelles positives qui se sont concrétisées.
J'ai obtenu une réponse favorable pour un projet de réhabilitation des dortoirs et des sanitaires des enfants handicapés accueillis à la Fondation Bethléem. C'est avec l'appui financier d'un partenaire de longue date : la Fondation Liliane qui travaille spécifiquement dans le domaine du parrainage des enfants handicapés. Les travaux commencent prochainement.
L'ambassade des USA, en plus des 5 puits demandés à l'origine, m'a "commandé" 2 puits supplémentaires et 2 forages manuels. Mais bon, ne crions pas victoire... Nous sommes le 30 septembre, ici c'est jour férié car nous fêtons la fin du ramadan et j'avais prévu allègrement de me rendre à Maroua pour profiter des amis. Et bien, à cause de mes amis militaires américains, je dois rester planter devant l'ordi en attendant qu'ils daignent m'envoyer le contrat à signer. J'attends ce document depuis mi-mai. Je les ai relancés souvent, ils m'ont enfin répondu il y a une semaine. Et c'est le 30 septembre que tombe le dernier jour pour signer car ensuite, ils changent d'année budgétaire et l'argent non consommé est perdu. Alors je patiente. Il est 19h. Honnêtement ça me rend fou! Si jamais ils me font louper la fête (c'est déjà fait vu l'heure) sans m'envoyer le document, je crée un incident diplomatique en leur envoyant quelques liens vers des vidéos et articles fort convainquants sur leur rôle dans les attentats du 11 septembre 2001 (cf. au bas de la colonne de gauche de cette page de blog). Mais peut-être la rédaction de ce message fera venir le leur... Espérons encore.

A part ça...
Je suis allé à un mariage fin août, mais ce fut un peu décevant car le modèle européen était copié. Du strass, du snobisme pour l'apparence. Pas de fête simple sauf lors de la soirée où beaucoup de danses du village étaient passées. J'ai pu étaler ma science du remuement d'épaules guiziga, qui commence à devenir très célèbre depuis mon passage à RTL.

Ensuite, mon grand frère Guillaume est venu me rendre visite. Il est très content de son séjour, ramène de magnifiques souvenirs et photos. Il a perdu du poids. Je le laisserai raconter dans le prochain message posté sur ce blog ses impressions. Les autres volontaires le font tous, alors souffrons cette mode originale.
En avant-goût, j'explique un peu ce que j'ai fait avec lui (et une de ses amies, Axelle). Visite de Maroua, chez Thierry et Martine, Mouda et la Fondation Bethléem, une animation dans un village pour un projet au profit d'éleveurs. Et un week-end fantastique dans les Monts Mandara, au village d'un des jeunes soutenus par Thierry et Martine : Simon.
C'était sa première expérience de "guide" et ce fut complètement folklorique. Je raconte un peu tant pis pour le frérot qui ne fera que compléter.
C'était les 6 et 7 septembre. Nous étions accompagnés d'un couple de volontaires de Pouma (Max et Julie) et 2 de leurs amis. La Fondation nous avait gentiment prêté la voiture du projet hydraulique dont le 4x4 ne fonctionne pas. Une maison en construction nous était mise à disposition. Nous avons d'abord essayé de rouler jusqu'un barrage en pleine brousse. Mais Simon n'avait pas calculé que la voiture ne passerait pas et nous nous sommes retrouvés très rapidement bloqués et embourbés. Par chance, Manu et Gaspard, les amis de Max et Julie, font des rallyes et ont su nous sortir de ce mauvais pas en creusant sous les roues et calant quelques pierres.
Arrivée après une petite marche au barrage artificiel. Ce genre de construction est assez impressionnant car au milieu de nulle part est bâti une retenue d'eau au prix d'efforts certainement colossaux. Rapide et frugal repas, baignade.
Nous allons ensuite visiter l'église de Douvangar. Elle est en pierres calées, ronde et magnifique. Le lendemain nous assisterons à une fin de messe extrêmement animée, les gens dansant et chantant jusqu'autour de l'autel. Mais le soir, nous devons rentrer assez vite, la pluie menaçant. Nous arrivons juste à temps pour éviter à ceux dans la benne du pick-up une saucée phénoménale. Comme nous n'avons pas d'eau, nous profitons pour une bonne douche Ushuaïa. Quelques jeux durant la soirée et un excellent dîner préparé pour nous, alors que la pluie fait rage dehors.
Le lendemain nous allons à la fin de la messe donc et sur le retour, Simon veut absolument nous présenter son oncle qui l'a élevé (son père n'est pas spécialement attentionné dirons-nous par euphémisme). Et l'oncle en question nous présente ses enfants : l'un s'appelle comme un ancien volontaire DCC de Makak et l'autre... Duriez. Et oui! L'oncle Christian, le prêtre, a fait des émules et travaillait étroitement avec celui de Simon. Et on donne alors souvent en hommage ou souvenir le nom aux enfants. Une "photo de famille" s'imposait donc avec 3 Duriez! Nous sommes ensuite partis vers la montagne pour aller manger chez le chef et assister à des danses traditionnelles. Sur la route, la voiture s'embourbe encore. Après une marche sous un soleil ardent et le ventre vide, nous arrivons au sommet. Vue magnifique. Mais le saré du chef est complètement abandonné. Simon était mal renseigné, le chef est mort l'an dernier, vive le chef! Son fils ne veut pas vivre seul en haut, il est donc dans la vallée, comme tout le monde...
Nous redescendons un peu rapidement car tout le monde nous attend. Après nous être encore embourbés, nous arrivons enfin chez le chef du village. Où une rangée de chaises de jardin vide fait face à une rangée de chaises de jardin remplies de chef, adjoint, secrétaire et autres parents dignitaires. Nous nous installons très gênés. Le secrétaire sort péniblément une feuille froissée et entame sa lecture : "Chers Pasteurs, nous sommes dans l'immense allégresse, joie et transport" blablabla, il nous annonce que nous perturbons un deuil et conclut ainsi : "nous aimerions maintenant connaître le but de votre visite". On ne savait pas du tout ce que Simon était venu leur raconter... En tout cas, j'improvise un discours et ils ont l'air satisfaits. Nous passons à table, il est 16h passée. La nuit tombe dans 2 heures et nous avons de la route jusque Maroua. Je parle un peu avec le chef en lui donnant du "Majesté". Je lui demande son âge car il fait jeune. Il me répond que sur l'acte de naissance il y a écrit "12". Je lui demande alors l'année de naissance. Il réfléchit intensément et part "demander à Maman". Quelle rigolade!! Il a en fait 25 ans. Et ici vous comprendrez le peu d'importance des dates et des âges précis. Le temps n'est rien...  C'est aussi le jour de la naissance du premier enfant de notre hôte. Vous comprendrez ici qu'un enfant n'est rien... On fait aussi découvrir le bil-bil à nos touristes. Pendant le repas, un type arrive déguisé en chasseur fou et fait semblant de nous attaquer avec son arc. Nous restons très stoïques... C'est génial je vous jure. Nous sommes assis à deux tables nappées et immaculées, et plus d'une trentaine de personnes nous regarde autour. L'attraction est totale. Le chef nous montre aussi des photos de sa famille, du cadavre de son père... C'est génial je vous dis! Manu se croit dans une pièce de Ionesco... Nous faisons enfin comprendre à Simon que nous devons y aller vu le soleil déclinant. Mais malheur, ils ont prévu la danse, les chants et la guerre. Alors nous demandons qu'ils fassent ça un peu vite. Et donc, sur le seuil du saré, nous enchaînons la danse, les chants et une imitation de guerre tribale en 5 minutes. Nous payons 5.000 F pour avoir la paix et partons enfin... Crevaison au retour. Et voilà cet excellent week-end fini!

Pour finir : l'UNICEF est venue faire un contrôle de notre gestion avant que nous ne devenions partenaire. Le rapport est positif donc nous n'avons jamais été aussi prêts du but. La rédaction du plan stratégique quinquennal de la Fondation avance après la deuxième venue de bureau d'étude de Ngaoundéré durant une semaine complète où ils m'auront fait travailler jusqu'à 23h... J'ai également fini mon projet pour l'Union Européenne. Verdict fin octobre. On en reparlera peut-être.

Ajouté le 3 octobre :
Epilogue de l'histoire avec les Américains : à 20h, je reçois la confirmation que tout est signé. En bref, c'était inutile que j'attende, merci de ne pas me l'avoir signalé. Je pars donc vite fait à Maroua pour profiter des dernières notes du premier jour de fête. Un bon poisson braisé pour se consoler fait du bien. Et le lendemain, retour sur Mouda (33Km, 14 minutes, record à battre!). Je constate alors que dans le contrat que les USA m'envoient (en anglais) ils se sont trompés sur les montants : 22,000.00 FCFA (soit pour nous 22.000,00 FCFA) quand vous imaginez bien que j'avais plutôt demandé 22.000.000 ou 22,000,000!!! Je suis dans l'espoir d'une correction car réaliser 9 points d'eau équipés et aménagés avec 33€, c'est dur.

Allez, je vous laisse et à bientôt. Donnez de vos nouvelles vous aussi.
Par Benjamin DURIEZ
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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 19:20
Après un temps de silence, je me remets en selle pour donner quelques nouvelles.

Rentré au Cameroun le 17 juillet, je voyage sans encombres (et oui, le train ça fonctionne!) jusque Maroua pour être à temps à la fête de départ d'Armelle et Arnaud. Et oui, le relais est transmis, nous aurons 2 nouveaux volontaires à accueillir  (Fleur et Timothée) en septembre. Espérons que nous leur ferons découvrir les joies de l'Extrême Nord aussi bien que nos prédécesseurs.

En ce qui me concerne, le retour a été dur car ce n'était pas forcément simple de vivre un nouvel arrachement et l'atterrissage au Nord a été violent : crise de palu tenace qui a nécessité 3 jours de perfusion après un premier traitement. Mes veines s'en souviennent. Pas facile non plus de revenir dans le travail mais à présent tout va bien, j'ai même retrouvé mon "apprenti" Joseph. Je découvre les joies du management et de la formation : j'aime ça mais c'est de la patience. Heureusement, ici j'en ai à revendre. Beaucoup s'en étonnent d'ailleurs car paraît-il je dépasse même les Camerounais!

Pas facile non plus le retour dans la case : la saison des pluies est arrivée doucement doucement. Il pleut chez moi lors des gros orages. J'en avais parlé en disant que je trouverai une solution une fois réellement face au problème. C'est maintenant. J'ai acheté du "collant", j'ai repéré les zones où cela goutte. Mais mon voisin me dit qu'il faut que la tôle chauffe pour que cela adhère correctement. Donc je ne pourrai le mettre qu'en fin de saison des pluies, c'est malin! Alors, à la camerounaise, j'ai juste déplacé mon lit dans un coin sûr (j'ai réinstallé la moustiquaire). Comme quoi, on devient vite habitué aux compromis.
Pas facile encore le retour dans cette case... Et oui, mauvaise nouvelle : Yaouba, mon colocataire a quitté Mouda pour Douala. Il y a décroché un emploi dans son domaine (l'agro-industrie) et pour un salaire près de 5 fois supérieur. Ben oui, ça paie pas forcément le social, surtout au village! J'ai des nouvelles fréquemment, il a déjà vécu là-bas étudiant, mais beaucoup de gens, l'atmosphère paisible lui manquent. Je pense souvent à lui en me couchant, j'étais "chez lui", me voilà vraiment "chez moi". Un peu seul. Heureusement l'autre Yaouba, le "sourd" (car directeur de l'école pour déficients auditifs), continue à prendre ses repas à la maison.

J'ai fait mille choses en France et je reviens, pensant trouver le village à l'identique. Mais non! Que de micro-changements.
D'abord, véritable tragédie car le gérant du bar le Survoltage, mon ami Lazare est retourné avec sa famille dans son sud natal du jour au lendemain. Où boire mes "33" format 65cL?? Et bien, auparavant je devais traverser la route goudronnée pour me désaltérer, maintenant mon voisin Yaya le boiteux a ouvert un bar. Il a installé un frigo, une sono, propose la bière un rien moins cher. J'étais soufflé devant tant de chambardements! Et le Survoltage qui fonctionne encore est soudain devenu à mes yeux un lieu complètement has-been! Les soirs de marché, pas la peine d'essayer de dormir tôt, les enceintes crachent à 10 mètres de ma fenêtre de délicieux coupés-décalés ivoiriens à la poésie travaillée. J'ai donc forcément renégocié la répartition de la facture d'électricité. Je profite de ce voisin qui "fait l'argent"... Il me répond toujours quand je prends de nouvelles de son affaire (que j'entretiens allégrement) : "On fonce, on fonce!".
Honnêtement, je suis fier de lui! Pas facile de démarrer ces petites choses quand on n'a pas ou peu fréquenté. Il s'en tire bien et parvient même à proposer un éventail de choix digne de Maroua. J'espère qu'il calcule bien...

Ensuite, au titre des changements encore, le plus notable est le paysage bouleversé. Et bouleversant. J'ai quitté un Extrême Nord assoifé, presque exsangue de 9 mois d'attente de pluies... Celles-ci sont faiblardes cette année mais la nature avait trop soif de renaissance. Ce n'est pas la forêt équatoriale du sud du pays, mais c'est l'herbe partout, les arbres garnis, le mil qui pousse chaque jour, jusque 3 ou 4 mètres. On n'oublie pas que ce manteau n'est qu'un lifting provisoire mais quel choc face à l'aridité passée. Que de boules à manger en perspective!

Au rang des nouveautés mineures :
- tous les Italiens sont en congés, on a mangé à 3 plusieurs fois. C'est agréable.
- on m'a volé la paille tressée qui servait de porte à mes toilettes (ça coûte 500 F.CFA ; Yaouba me dit que vraiment les habitants de Mouda sont des pauvres!).
- ma bailleresse ne me craint plus trop et veut absolument que je boive son bil-bil.
- je vais bientôt avoir un frigo. Le départ d'un couple italien en laisse un libre.
- Thierry a une seconde voiture, un tout petit 4x4 blanc. Plus facile de faire les allers-retours à Mouda dorénavant.
- Jérôme a commencé son projet de pisciculture, les bassins étant finis chez Thierry. Un est rempli et nous aurons du poisson en décembre! Mais pour le reste, l'évolution est stationnaire, Jérôme étant en France et les pluies trop irrégulières pour un bon remplissage.
- une secrétaire doit remplacer Yaouba qui était superviseur des travaux hydrauliques (à partir de septembre).
- l'ingénieur italien qui aide justement l'équipe des forages est parvenu à modifier notre machine grâce à un compresseur. 12 mètres de roche perforée en une journée!! Il y a donc un nouveau forage à la Fondation (pour les bassins de Jérôme à l'origine mais le débit obtenu est trop faible).
- l'électricité après avoir encore été épisodique (coupure à la moindre pluie) s'est stabilisée (enfin!). Un responsable de la SONEL me disait qu'ils pouvaient encore s'améliorer. J'espère bien!!


Pour le reste, le quotidien reprend ses droits gentiment. Les week-ends à Maroua chez Thierry et Martine et leurs enfants adorables, le marché du quartier le mercredi, quelques matches de volley-ball, les visites aux amis. Et la mission...

Je suis content de mon travail, mais un élément est un peu dérangeant. Il s'agit de la lenteur de certains bailleurs de fonds. J'ai déposé plus de 20 dossiers à présent. Certains ont été acceptés et bien nous attendons encore les documents à signer (contrat de subvention). Je ne sais pas si c'est une sorte de laxisme, de manque de respect, d'absence de motivation ou de désintérêt pour leur mission. Mais c'est décourageant, particulièrement pour les populations qui savent que les activités sont
devenues réalisables. Enfin... "on va faire comment?" Mon partenaire, mon entourage, tout le monde me félicite mais à part avoir multiplié les contacts, avoir créé un carnet d'adresses phénoménal, avoir fait connaître la Fondation Bethléem... rien de concret, ou pas comme je le voudrais. Beaucoup d'espoirs et des grands (adduction d'eau, électrification sur une pente favorable). Même les bailleurs de fonds affirment toujours que les projets sont bien montés (je donne vraiment le maximum), qu'ils vont tout faire pour que ça se réalise rapidement. Mais au moment d'agir, on attend. Bien sûr je ne suis pas responsable, mais la situation est un peu lassante.
Je continue cependant, avec fougue, et je me bats actuellement pour un gros projet destiné à l'Union Européenne. La note succincte explicative a passé la première étape, reste à envoyer pour le mois prochain le formulaire complet de demande.

Pour finir, j'ai la visite de Vincent, un professeur d'un Lycée technique de Dunkerque, depuis le 12 août. Il est venu car l'association du lycée, l'Echo du Tam-Tam, est partenaire de la Fondation grâce à ma venue pour un projet d'électrification rurale. On a pas mal travaillé durant son séjour. Il découvre les joies, les lenteurs et la pluie camerounaises. On a rencontré plusieurs fois les villageois motivés par le projet et les choses se dessinent de plus en plus. Manque l'argent...
Je suis impressionné souvent par les idées qui émanent lors des réunions de réflexion, leur motivation, leur engagement. Dire que les Africains sont paresseux est un immense défaut d'observation et frôle l'ethnocentrisme racial. Vincent en arrivant voyait les gens assis, au bord de la route dans l'après-midi. Il se demandait comment ils pouvaient faire pour vivre simplement en attendant. Mais il faut se lever un peu plus tôt pour les voir partir aux champs en brousse, il faut vivre les grandes chaleurs et les fortes pluies, subir quelques palus et oublier que l'école et notre mode de vie en général nous ont offert une manière de penser, d'agir très entreprenante. Ici, peu de scolarisation (c'est faux chez les jeunes aujourd'hui) et de rares soutiens au démarrage d'une activité. Au fond, ils sont juste moins pressés que les blancs. Et Vincent a compris, en ouvrant les yeux et en vivant l'expérience.

J'attends impatiemment le mariage de la nièce de Yaouba sourd ce week-end, puis mon grand frère arrivera début septembre. Voili voilouuuu.
Par Benjamin DURIEZ
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 18:51

Je vous écris depuis la France, avec son ADSL illimité et tout son confort quotidien. En deux mots comme en cent, je me sens vraiment ailleurs et en décalage mais il est doux de retrouver certaines personnes. J'en profite pour réparer un oubli en souhaitant la bonne arrivée à Clémence, ma première nièce née le 23 mai dont j'ai fait connaissance à mon arrivée.

Mais avant de prendre l'avion, j'en aurai parcouru du chemin et vu des choses. Après avoir sculpté une journée avec Feromeo le 8 juin, mon périple a commencé. J'ai passé une journée à Yaoundé puis suis parti à Pouma revoir Max et Julie, volontaires croisés en janvier. Ils sont toujours totalement investis dans la gestion de l'hôpital catholique et le plus dur est d'affronter les mentalités parfois démotivées du personnel. Stéphane (également croisé au même endroit en janvier) était aussi présent car malade après un week-end passé dans ce village. Alors il se fait soigner chez les copains. Bien joué! Nous passons la soirée à jouer aux cartes, à faire quelques tours de magie, à être blancs, à échanger nos vies, nos missions et à comprendre ce pays, ses habitants, sa culture. Par la lumière de l'expérience du voisin.

Une courte nuit passée à Pouma et le temps m'aspire déjà vers Douala. Ici aussi on court partout, mais sans que cela soit pesant car les transports vous forcent à prendre le temps. J'arrive donc nuitamment à DLA comme on écrit par texto (ici aussi le langage SMS se pratique avec ardeur). J'étais très inquiet. De la même inquiétude que celle avant le départ et la découverte de Yaoundé. Nouvel endroit un peu oppressant vu de loin, vu les mauvaises expériences de certains volontaires (agressions, harcèlement verbal du "ouate qui a l'argent"). Thomas, volontaire de ma promotion vient gentiment me chercher pour faciliter mon accueil. Mais déjà je me sens assez à l'aise malgré la première appréhension. Nous retrouvons le soir les autres volontaires autour d'un cochon grillé.

Le lendemain, me voilà déjà sur les routes de l'Ouest en compagnie de Zounédou, un ami camerounais guide touristique que je connais grâce à mon chargé de mission DCC (il m'avait visité en février ; il est notre référent en cas de problèmes ou pour toute autre question). J'ai la pression pour les lignes qui suivent car Zounédou veut savoir exactement ce que j'ai aimé, ressenti durant les 2 jours d'excursion. Première chose qui lui a "fait rire le coeur" : il m'a offert à son agence des croissants et quant à moi, ça m'a fait rire l'estomac sans que je m'en cache. Et oui, je n'ai pas eu de telles douceurs depuis le mois d'août 2007. "Depuis depuis"! Nous nous sommes mis en route, il négocie tout, ce qui simplifie grandement le voyage car un blanc, a fortiori à Douala, se fait taxer et bien même! Un car est vite trouvé (Patience Express, lol!).
Le temps n'est pas au beau fixe car au sud, la saison pluvieuse est plus intense et plus longue. Nous arrivons à Melong, achats rapides pour le bivouac à venir chez les Mbororos.

Il s'agit d'une ethnie musulmane venant du Nigeria et ne vivant que d'élevage. On en trouve beaucoup à l'Extrême Nord, la différence étant que dans "ma" province ils sont encore nomades. Ceux sédentarisés étant les Foulbés (ou Peuls). Les 4 heures de marche jusqu'au deuxième village des Mbororos sont assez harassantes, surtout vu ma fatigue et ma faiblesse (perte de poids, changement de climat - il fait très humide). Nous passons dans des forêts, par des crêtes, on avance en essayant d'arriver avant la nuit tombante et le brouillard rampant... Et soudain, un vent frais frais se lève annonciateur d'un événement. Je le pressens aussitôt. Un tel vent indique un changement, un nouveau paysage, les sens se mettent en alerte et je sais que le plateau n'est plus loin, je connais son aspect vu les photos vues chez les amis volontaires. Et pan! Voici face à moi, au détour du chemin, paisible et éternel, un plateau de verdure majestueux. Il s'agit d'un grand cratère entouré de montagnes, on distingue au fond de cet espace le village. Et au milieu, les lacs : le lac femelle et le lac mâle, cratères creusés dans la plaine. Ces noms indiquent selon qu'il est facile à atteindre ou non. Nous entamons la descente, des vaches nous coursent mais le fulfuldé impératif de Zounédou les décourage. Et oui, ces vaches, et accessoirement leurs propriétaires, parlent fufuldé (quelque peu différencié de celui de l'Extrême Nord). Je suis heureux de pouvoir communiquer (partiellement) avec ces villageois du bout du monde. Le chef nous accueille chaleureusement et nous propose de dormir au sein de sa maison. Le repas dans la cuisine traditionnelle au feu de bois est un moment d'échange important. Un peu tacite, beaucoup complice avec les jeunes filles et quelques enfants. La fumée pique les yeux, les sourires naissent.
Je parle avec Zounédou des motivations de l'engagement d'un volontaire. Il ne comprend pas que nous quittions notre confort matériel et financier pour venir souffrir chez eux. "Ce n'est quand même pas pour l'expérience?!" me dit-il. Mais qu'est-ce que cela peut-il être d'autre? Bien sûr que c'est pour l'expérience, pour la vie. Je ne me suis presque jamais senti aussi vivant que dans ces lieux où le froid mord et où le soleil brûle. Un truc de blanc peut-être, sûrement un truc de riche. En tout cas, il nous prend pour des fous. Je suis d'accord. Mais des fous raisonnables, des fous chercheurs d'or et des fous bien vivants!

Après une nuit difficile question amibes, nous repartons en faisant un saut dans l'eau du lac femelle (les 2 lacs ne sont séparés que par une mince et haute bande de terre). La descente est rapide et nous enchaînons directement avec les chutes d'Ekom Nkam à moins de 15 Km. La longue piste détrempée et glissante qui y mène a failli nous tuer, à 3 sur une moto avec nos gros sacs. De dérapages en dérapages, nous progressons, le taxi-man faisant montre d'un excellent jeu de jambes pour garder notre fragile équilibre. Et enfin, les chutes se dévoilent d'abord à l'ouïe puis au toucher avec le brouillard de pluie. Et la vue complète tout cela. Le cadre est somptueux. Ces chutes sont le théâtre de la scène d'ouverture du film "Greystoke" sur Tarzan avec Christophe Lambert. 80 mètres de chutes libres, depuis une trouée en pleine jungle. Les aménagements par la population locale sont réduits et préservent en intégralité le lieu. La nature est là, maîtresse impétueuse que rien ne peut dompter.

Le soir, je parviens seul à Dschang, chez Marion, Zounédou étant reparti vers Douala. Elle est venue mettre en place un élevage de poulets de chair au sein d'une ferme école et la réussite étant là, elle a invité qui pouvait à une dégustation directement à la ferme. J'ai répondu présent et une petite randonnée dans cette Suisse africaine démarre le samedi 14 juin après-midi. Le payasage est très vallonné, il fait assez frais le soir. Le repas est une réussite. Le lendemain, me voilà en route pour Yaoundé où j'arrive tardivement. Je retrouve le sculpteur Feromeo qui m'offre le lundi matin une oeuvre que j'apprécie énormément. Mesurant 1m50, j'ai réussi à l'emporter en bagage à main dans l'avion. Je rejoins le soir Stéphane à Makak, par le train, vers Douala. Il me fait visiter son collège où il enseigne l'informatique. Les cours sont finis. Le mardi soir, nous assistons rapidement aux dernières minutes d'une défaite face à l'Italie. Je me trouve exactement là où je dois être. Loin de la France pour ne pas être pleinement affecté par ce genre d'événement très mineur en réalité. Et loin de la Fondation Bethléem pour ne pas subir les quolibets de mes compagnons latins. Ouf!!

Je prends le train le lendemain direction Douala, dernière étape de cette tournée passionnante. Je retourne chez Thomas, je me repose, je rencontre un "grand cousin" expatrié qui dirige le Crédit Agricole au Cameroun (style de vie bien différent, mais intéressant), je fais les derniers achats de souvenirs pour la famille et les amis. Et après de longues bières nocturnes, je pars chargé de bagages et de rêves nègres vers l'aéroport. Et peu avant 6 heures, me voilà suspendu au coeur d'une carlingue dans l'atmosphère chaude et humide de la capitale économique. Et je viens vers vous, provisoirement. Je n'entendrai pas de "bonne arrivée", ni de "bonsoir" à 12h01. Mais je les dirai. Et je les dis et je demande si vous allez bien mais je n'ai pas souvent la réponse. Enfin... "On est là", "on est ensemble". Jusque mi-juillet.
Je suis joignable au : 06 29 78 97 86

A bientôt.


Pour votre information : il semble que ce modeste blog a des lecteurs et RTL en a pris connaissance. Faisant une émission cet été sur les "Français de l'étranger", cette radio souhaite m'interroger. Je passe en direct le mercredi 2 juillet, durant 30 minutes entre 21 et 23 heures. Gardez l'écoute!

 

Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Tourisme
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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 13:39
    Tout a commencé tranquillement pour ce mois, le 9ème de ma coopération. Un anniversaire pas trop fêté car pas vraiment annoncé mais quelques bières bues tout de même. Un week-end à Guider (province du Nord) très calme, dans la chaleur torride. Quelques fins de semaine sans rien de particulier, dans la quiétude de Maroua ou Mouda. La fin de la mission de Catherine, volontaire à Garoua, fêtée noctambulement en boîte de nuit à Maroua. Trois ans et demi que Catherine était là, elle repart avec un mari pour la France. Il y eut aussi le 20 mai, fête nationale. Je suis allé voir les enfants défiler. C'est vraiment fortement ancré en eux, très militaire mais la fête se limite un peu à ça. Et  il y a eu le boulot tranquille, routinier, toujours speed et même parfois stressant!

    J'ai notamment déposé un dossier pour un grand projet d'adduction d'eau pour 2 villages. On espère vivement sa réalisation, la population étant fortement impliquée. En effet, le système de cotisations pour supporter le coût de l'eau devait changer. Actuellement les gens paient environ 1,5€ par famille par an. C'est bien trop peu pour un forage et en général cela ne couvre pas une panne d'une pompe manuelle. Les points d'eau restent alors inutilisés de longs mois le temps que les cotisations soient réunies... Il y a forcément ceux qui refusent, ceux qui détournent l'argent (pas spécialement dans notre zone) et le découragement et la souffrance pendant ces périodes où il faut se déplacer toujours plus loin ou boire une eau absolument infecte en creusant le sol des mayos (rivières asséchées). Pour une adduction d'eau, il faut payer l'électricité de la pompe, l'entretien des réseaux et du réservoir... Bref, nous avons fait réfléchir la population au cours de plusieurs réunions et nous sommes très heureux qu'eux-mêmes aient proposé de payer l'eau directement au robinet, avant de consommer. Le coût de l'eau augmentera à environ 28€ mais comme elle sera plus disponible (moins de pénibilité et plus de rapidité), des petites activités économiques se développeront : confection des briques, bière traditionnelle, petit élevage, pépinière éventuellement... Si cela est financé et fonctionne (incertitude logique du débit obtenu lors du forage), l'avancée sera vraiment importante...

    Et j'avais commencé aussi à travailler avec Joseph, un jeune homme recruté pour m'épauler et que je formerais peu à peu. Mais il est tombé très malade (un mauvais coup reçu à un rein et donc, il m'a quitté après une semaine de travail... Bref, je chercherai donc plus tard un remplaçant s'il n'est pas rétabli, à mon retour de France.

    Nous avons aussi eu la joie d'apprendre l'acceptation du dossier pour 5 puits déposé en décembre à l'Ambassade des USA. Et des militaires sont venus visiter les lieux. En tenue! Franchement, quel décalage! Et quelle rigolade avec Umberto. Notre anglais est vraiment à marée basse et eux avaient peur de tout. Ils pensaient qu'il fallait fermer les portières des voitures pour éviter que les villageois leur volent (ils étaient 2 dans 2 picks-ups!). Bref, on ne vit pas dans le même monde. J'avais envie de parler du 11 septembre, mais je me suis dit que c'était leur grand patron que je devais questionner à ce sujet. Je mettrai des photos dès que j'ai le temps (fin du mois). En tout cas, nous sommes contents de cette subvention vraiment utile et à laquelle nous ne nous attendions pas spécialement.

    Enfin, le partenariat avec l'UNICEF est en cours de concrétisation après plusieurs rencontres avec le Chef de Section qui dit attendre beaucoup de notre travail. Nous avons donc commencé les projets, en attendant le financement car il était urgent de recenser les enfants dépourvus d'actes de naissance dans les écoles.  En effet, les vacances scolaires sont arrivées et nous devions donc obtenir les résultats rapidement. Cette année, 600 enfants bénéficieront d'un acte leur permettant ainsi de se présenter aux examens de fin de cycle primaire. Nous espérons mener ces activités régulièrement afin de résoudre peu à peu un des grands problèmes en matière d'éducation.

    Et sinon, nous avons eu droit à une coupure d'électricité de 15 jours... J'ai vraiment apprécié car la colocation est devenue extrêmement conviviale grâce à la disparition de la télé et sa CRTV (chaîne officielle...). Je pouvais tout de même travailler avec l'ordinateur car nous utilisons un groupe électrogène pour les machines des ateliers. Mais, une fois le courant de la SONEL revenu, catastrophe. Un incendie s'est déclaré dans la cuisine, un frigo ayant pris feu, les ordinateurs ont commencé à fumer, les écrans... Bref, une grande surtension est arrivée... La situation a pu être maîtrisée, mais il faut à présent nous battre pour le remboursement des dégâts. Et une semaine plus tard, après une autre coupure d'électricité, la foudre est tombée et au même moment mon ordinateur a littéralement claqué comme un gros pétard. J'étais en train de travailler... Depuis, j'ai réussi à récupérer mes données heureusement, car sinon c'était tout mon travail réduit en miettes. J'avais bien une sauvegarde sur clé, mais qui datait d'un mois et qu'un cyber-café m'a effacé 3 jours après... Et aussi, je n'avais plus aucune photo à montrer au retour... La semaine dernière a donc été un peu troublée pour le boulot mais j'ai quand même pu finir ce que je voulais faire.

    A part ces événements, pas de déplacements particuliers. Il y a eu les fêtes de fin d'année scolaire à la Fondation, c'était très animé comme toujours. J'ai profité de la douce vie de l'Extrême Nord que j'ai quittée à présent. Et oui, je vous écris depuis Yaoundé. Je loge chez Benjamin, volontaire DCC rencontré ici en décembre. Il est en colocation avec 2 Camerounais : l'un est commerçant (Pierre), l'autre sculpteur (Feromeo) et chacun très sympathique. Hier, je suis arrivé après un voyage difficile en train (plus de billet en 1ère assise, donc direction la 2nde avec ma voisine accompagnée de 3 enfants dont un autiste qu'elle m'a mis sur les genoux). J'ai donc quitté Mouda un peu trop rapidement malheureusement, car je n'ai pas eu le temps de saluer tout le monde, mais je reviens... Hier j'ai donc passé ma journée à sculpter. J'ai beaucoup apprécié mais j'ai les mains encloquées. Et ma production n'est pas finie, je vais m'y remettre. Feromeo est vraiment doué et expose au Centre Culturel Français et bientôt dans le 6ème à Paris. Bref, ce sont des vacances bien méritées qui commencent (mais pendant lesquelles je travaillerai tout de même). J'essaie aussi de reprendre un peu de poids pour ne faire peur à personne. Je suis comme une fille, je ne dirai pas combien je pèse!
    Pour la suite, j'ai prévu un petit périple dans l'Ouest dont je vous parlerai une fois en France (mon départ est le 20 juin, très tôt).

    On se voit donc en Gaule... Ecrivez-moi pour qu'on se croise.
    Sey yeeso!
Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Mission
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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /Mai /2008 18:55
    Un peu de motivation pour donner quelques nouvelles avant qu'elles ne soient faisandées.

    Parlons du mois d'avril, puisque c'est là que nous nous étions arrêtés... Et bien à ma surprise, il pleut (dès le 3 avril). Ce sont de toutes petites pluies, peu intenses, mais sans être anormal ça ressemble à une sorte de bouleversement climatique. Comme il y a des trous dans la tôle de mon toit, j'ai essayé de coller ça, mais ça continue au niveau de la faîtière, juste au-dessus de mon lit... Je remarque que je deviens comme les Camerounais : tant que la situation est supportable, on supporte, on débrouille. Et je crois que j'attendrai que les pluies soient trop fortes pour réparer réellement.
    A présent j'ai un lit. Grande évolution. C'est ce qu'on appelle un "lit - village", fabriqué avec des fines branches de bois, la corde est remplacée par de l'écorce... C'est exceptionnel car je l'attendais pour enfin pouvoir dormir dehors et arrêté de suer corps et âme dans la fournaise de ma chambre tôlée. Dormir dehors... Que c'est bon, dans la nuit africaine si intense, avec les seules étoiles pour réverbères quand la lune est tapie. Chaque réveil est délicieux, la fraîcheur caressante (que vous trouveriez sûrement déjà trop chaude, mais on s'habitue).

    Les week-ends :
    - Tokombéré
    Stéphane, le volontaire DCC de Makak étant là, j'en ai profité pour l'accompagner à Tokombéré, un peu au nord de Maroua où se trouve un couple de volontaires, Pierre et Emilie, partis avec une petite fille, Jeanne, née le 18 août 2007. Ils sont très bien installés, la petite est l'attraction de tout le village et supporte très bien cet environnement africain. Elle est adorable, sage et très vive. Emilie la porte au dos et nous a convaincus d'utiliser (plus tard) des couches lavables. Pierre monte un atelier de formation en menuiserie et Emilie donne des cours à l'Ecole Primaire et au Collège (collège et lycée privé ; on dit Lycée quand c'est collège et lycée public).

    - Mouda
    Le deuxième week-end d'avril, nous avons reçus à la maison la fille de Yaouba, Méda, âgée de 6 ans et la mère de l'enfant, Didja. Le samedi matin, j'ai fait quelques courses à Maroua. Ensuite, j'ai travaillé pour un gros projet pour l'Union Européenne (près de 300.000 € sollicités). Le soir, tout le monde au Survoltage pour un "jus" (Coca, Top pampelemousse, grenadine, ananas ou citron mais ne rêvez pas, rien de naturel et rarement autant de choix). Le lendemain matin, j'ai eu ma première (et unique pour le moment) leçon de moto avec Yaouba. Quelques difficultés à doser le lâcher d'embrayage et de grosses accélérations non maîtrisées... Ensuite, j'ai dû travailler car le Délégué départemental du Ministère de l'Eau était là pour repérer le site de notre projet d'adduction d'eau. Ma mission ne comprend pas de jours de repos et c'est un domaine où il faut être disponible, personne ne respectant les jours chômés!
    Ce week-end était un peu particulier, car passé par nos visiteurs devant la télé. Difficile de les faire décrocher et d'entamer la conversation. La communication est parfois très réduite, cela est attristant entre parents et enfants. L'organisation familiale est vraiment étrange. Il faudra que j'observe mieux pour vous en dire plus, sans trop me tromper.

    - Maroua
    C'était la fête des Guizigas, "mon" ethnie. L'objectif est de promouvoir leur culture. Ils essaient d'être actifs, mais comme dans toute organisation, les Camerounais (et les Africains en général) affectionnent la bureaucratie, le titre et le respect induit. Et, avis personnel, ça plombe beaucoup d'initiatives. Pour l'équipe de football des apprentis de la Fondation Bethléem, ils vont se constituer en Bureau Exécutif avec le Président, le Vice-président, le Trésorier (où est l'argent dans l'histoire?) et même un Commissaire aux comptes!! Et les joueurs?? Cela s'applique pour chaque organisation... Dans un pays où la corruption règne, c'est quand même comique.
    Bref, retour aux Guizigas. Ils ont dansé en mode vibreur comme toujours, le samedi matin, c'était les discours au Stade et encore des manifestations culturelles d'apparât. Et la boisson, la fête... J'ai aussi fait l'ascension de la montagne Maroua de nuit, profitant de la lumière somptueuse de la pleine Lune. La rumeur de la ville partiellement assoupie était splendide, le tout couronné par un astre d'ivoire nocturne.
    Le reste du temps, j'ai eu quelques rendez-vous, j'ai profité de l'orphelinat Daniel Brottier et j'ai mesuré le village voisin de Moussourtouk (projet d'électrification).

    - Mouda again
    Comme on n'est rarement aussi bien que chez soi, je reste à la maison. Bon, le samedi j'ai fait quelques courses alimentaires à Maroua, déjeuné chez Umberto et sa femme Kapsiki Françoise. Puis retour Mouda où un drame s'était produit. Deux enfants de l'école des sourds s'étaient noyés durant une sortie à Maga. Le corps de l'un gisait à l'infirmerie de la Fondation quand je suis arrivé. Trop de fautes graves ont été commises pour les détailler, vous prendriez les gens d'ici pour des fous, mais c'est aussi leur façon de faire et "on va faire comment?". Une semaine est passée depuis, les funérailles ont eu lieu dans les villes respectives des enfants. On n'en parle pas trop entre nous, tout le monde regrette tellement que le cours des choses n'aient pas changé... il aurait fallu si peu. Mais au village, on parle sorcellerie car les rites avant d'entrer dans l'eau devaient être respectés, le chef du village aurait fait une intervention magique pour permettre de retrouver le second corps, etc. Je n'ai pas vu les parents, j'imagine leur douleur, et en même temps, ici c'est aussi la vie. Je sais très bien ce qui se serait passé en France dans un tel cas... Le samedi soir, j'ai veillé pour attendre l'autre Yaouba qui mange chez nous, il est professeur et Directeur Adjoint de l'école des sourds. Il était tellement marqué. On vit avec des ombres...


    La mission :
    Je suis toujours dedans, jusqu'au cou! Je me suis dit que j'allais vous parler en détail uniquement des projets financés. Sinon, on n'en finira pas, j'en ai déjà fait une quinzaine... Et heureusement ça commence à venir.
    Tout d'abord, nous sommes heureux que le projet de Jérôme ait trouvé un bailleur de fonds (l'Organisation Internationale de la Francophonie). Il a donc entamé les forages, les bassins. On le sent léger... Près de 8 mois d'attente, alors qu'il pensait attaquer immédiatement les travaux. Il aura ainsi appris à chercher des financements.
    Pour moi, aussi près de 8 mois d'attente. J'ai au moins noué de très nombreux contacts avec de grands partenaires (cela doit se confirmer d'ici peu). Je participe au renforcement de la Fondation en mettant mon oeil dans la comptabilité, les statuts, l'organisation. J'essaie d'aboutir à du concrêt dans des domaines autres que les projets. Et aussi, ça y est j'ai eu mon premier financement (en tout cas l'accord de principe, je suis en attente de la somme exacte). C'est un projet avec l'Ambassade des Pays-Bas pour faciliter l'autonomie des handicapés, en complément de ce que la Fondation fait déjà. Il s'agit de sélectionner des patients de la rééducation très vulnérables et démunis et de leur fournir des tricycles (30) pour rendre possible leurs déplacements quotidiens (eau, école et tant d'autres choses "normales") et 7 machines à coudre adaptées au handicap de jeunes filles de notre atelier de formation (ainsi elles pourront créer leur propre atelier). C'est un tout petit projet, mais ce sera vraiment utile (sans cela, le prix des tricycles est inabordable, il faut l'aide d'un "parrain").
    Par contre, 2 projets à l'Ambassade de RFA ont été refusés car tous les crédits avaient été utilisés. Apparemment, l'un concernant 4 puits les intéressent pour la prochaine fois. A suivre...

    La vie quotidienne :
    Ce mois fut marqué par les deuils car en plus des deux jeunes sourds est mort un petit orphelin de la crèche, arrivé trop dénutri pour que nous puissions améliorer la situation. Et le 1er avril, l'oncle de Martine (femme de Thierry) est mort. Avec Thierry, nous avons amené le cercueil au village et passé l'après-midi au deuil. Il s'agissait d'un Toupouri (et oui c'est le nom d'une ethnie locale). Lorsque nous sommes arrivés, les hommes faisaient le tour de sa case en dansant en rang, lance à la main. Immédiatement, je me suis senti bouleversé alors que je n'avais jamais vu le défunt. Les chants et les cris vous remuent l'estomac. Assis près du père de Martine, j'ai vu arrivé un à un les voisins, les amis, tous se mettant à courir de loin en criant, en hurlant, en pleurant pour ensuite faire quelques tours de case en soliloquant une litanie. Pendant ce temps, des hommes creusaient la tombe à côté de la concession. Nous buvions le bil-bil et avec Thierry essayions de comprendre ces comportements.
    Il faut avouer une chose : les gens ici ne sont JAMAIS démonstratifs. Ils peuvent rire oui, mais ne montrent pas leurs sentiments, surtout tristes. Yaouba ne parle qu'à peine à sa fille, il a vraiment parlé à son père pour la première fois à ses 17 ans. Il y a donc peu d'échanges familiaux tendres. Et en apparence, que peu d'amour et aucune tendresse. Même (surtout!) entre mari et femme.
    Pourtant, à la mort, c'est le déballage et en fait l'étalage. Pour le cas de l'oncle de Martine, personne n'avait payé le nécessaire pour le faire soigner quand il était encore temps. Il est mort. On le regrette après coup, pour être tranquille avec son esprit? pour montrer à la communauté qu'on l'aimait énormément, plus que les autres? Je ne sais pas. Mais au moment des funérailles (de quelques mois à plusieurs années après la mort, selon le temps pour réunir les fonds nécessaires à cette immense fête), les gens vont être capables de dépenser des fortunes alors qu'ils n'avaient pas bougé du vivant du défunt.
    Une chose est sûre : ici avec le climat on vit à l'extérieur et donc on se regarde énormément et le congossa (commérage) est un sport, particulièrement à Mouda. Le paraître est donc important.

    A part ces nouvelles pas très gaies, je continue à profiter de la vie en brousse, je passe pas mal de soirées au Survoltage (j'ai peur que mon budget bière ne dépasse le budget alimentation solide). Je regarde des films, lis un peu (les Frères Karamazov en ce moment, très doucement). J'apprends la cuisine locale.

    Sans conclusion, bonsoir!
Par Benjamin DURIEZ
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /Avr /2008 16:16
Du soleil, y en a!

    Je suis désolé de ne donner que peu de nouvelles. Il est difficile de se détacher du tourbillon quotidien pour faire le point, surtout par écrit. Et comme ma mission est assez informatisée, j'évite d'enchaîner des journées de labeur devant l'écran par des soirées devant... l'écran.

    Mais je vois que les gens visitent ce blog. "Tiens aurait-il enfin mis quelque article?" ou "C'est joli le Cameroun, si je prenais des vacances!". Je ne sais pas du tout ce que vous pensez, mais j'apprécie franchement cette attention anonyme. Et je ne voudrais pas être trop ingrat. Alors nouvelles!

    Commençons par le mois de février. J'ai eu quelques événements marquants en plus de mon déménagement. Les volontaires DCC de l'Extrême Nord furent conviés au mariage d'une des leurs avec un autochtone. Catherine et Moumini ont échangé catholiquement leur consentement ému le 16 février à Garoua. La veille ils s'étaient unis selon la tradition musulmane, puis civilement. Et oui, ce mariage est réellement un échange, un bel échange. Le tour de la ville à l'arrière du pick-up, les saluts des gens, la soirée, tout fut bien organisé et j'ai passé un bon moment. Ils rentrent en France au mois de juin, je souhaite plein de courage à Moumini chez nous, pour une nouvelle vie.

    J'ai passé un week-end dans la ville d'origine de Yaouba, à Moutourwa, sous-préfecture. J'ai logé dans le saré de sa famille. Son père était lamido, soit chef traditionnel. Bref, j'étais dans la famille royale. L'accueil a été bon, mais perturbant car je fus observé en permanence par de nombreux enfants, en particulier aux toilettes et sous la douche! Il est toujours déroutant de se déplacer à peine et de se faire rappeler à combien on est un étranger, un ovni. Il y avait le dimanche, outre une messe à rallonge par un docteur en théologie nous sermonnant plus d'une heure et demie avec traduction, la fête de la chasse. C'est une grande fête pour les gizigas. Les hommes partent en brousse chasser, reviennent avec leur gibier (peu prolifique) et dansent fièrement. Mais cette ethnie a une danse bien caractéristique : sans bouger les membres inférieurs ils remuent rapidement et par brèves saccades les épaules. Ils sont en mode vibreur. J'ai beaucoup amusé la famille en les imitant.

    J'ai un peu oublié mes activités extra-professionnelles du reste du mois. J'ai commencé à découvrir la vie du village, du "quartier". Peu d'intimité, beaucoup de séries américaines, de coupé-décalé, des immondices, des kyrielles d'enfants. Le froid. Khaïa sababou! En février, impossible de se doucher le matin et le soir.

    Puis vint le mois de mars. Et sa chaleur, grimpante, rampante. 40°C à l'ombre est un minimum. Dans ma chambre, c'est une fournaise. Mais je supporte assez tranquillement, et dévêtu dès que la décence de l'intimité de ma case le permet.
    Ce mois a vu s'achever l'année des apprentis du CFAM auxquels je donnais le cours d'économie familiale et de projet. J'ai fini l'année par une séance de réponses à leurs questions sur tout sujet : la France, le mode de vie occidental, la religion, et j'ai même raconté l'histoire de la terre et de la vie (selon Darwin, puisque des gens 
doutent de ça). Ils n'apprennent cela qu'au collège, inaccessible pour beaucoup. Alors, la Génèse est
parole d'Evangile, sans faire de mauvais esprit (- Saint! hohoho!). J'ai aussi organisé une interrogation écrite, donnant des résultats aussi contrastés que le niveau des élèves (d'analphabètes à lycéens en passant par sourds)... Parfois désespérant, en tout cas je vois comment améliorer le cours.
    L'année du CFAM a été conclue par une journée festive avec olympiades. Et le soir, spectacles. J'y ai pris part en produisant enfin mon numéro de sorcellerie. Un grand moment!!! Les absents ont eu tort. Au bilan, un enfant s'est retrouvé avec 3 machettes enfoncées dans le corps et un autre coupé en 2 sauvagement! Le tout entrecoupé de danse des esprits, de bil-bil magique, avec la participation du public. Les enfants ont eu peur, les sourds se demandent toujours ce qui s'est passé et au village j'ai enfin un nom différent de "nassara".

    Je 8 mars fut célébré massivement la journée internationale de la femme. Leur situation est effectivement difficile, notamment à l'Extrême Nord : cuisine, enfants, champs, puits, petit commerce, éducation, santé... violences. Savoir gérer sans moyens superflus. Chaque année un pagne spécial est édité (comme à chaque fête - quelle réussite commerciale!) ; celui de cette année était p articulièrement laid mais les femmes sont fières de le porter. Des défilés (encore!!), des débats sont organisés sur le thème annuel qui était les activités génératrices de revenus. Il paraît qu'elles ont décidé de faire un restaurant à Mouda. Je suis pour! mais j'attends dubitatif l'hypothétique réalisation.
    J'ai aussi profité ce week-end pour grimper la montagne Maroua et découvrir une vue imprenable de la ville, de cette oasis en pleine plaine désertique. Maroua est plantée de neemiers, donnant une ombre agréable. Vu de haut, cela frappe le regard et chaque quartier apparaît, une grande rumeur monte dans la chaleur. Vous pouvez avoir la même vue en utilisant Google Earth et en cherchant Maroua, vers le Lac Tchad. Si vous connaissiez un peu, vous verriez même la Maison Daniel Brottier, l'orphelinat de Thierry.

    Le week-end suivant je suis parti au lac Maga. Coucher de soleil, balade en pirogue sur l'eau à un niveau très bas, jusqu'au repaire des hippopotames. Poisson braisé le soir. Visite de la fameuse case-obus, un habitat traditionnel en terre crue et peint mais abandonné depuis 1920. Et rappel bourdonnant d'une vie avec moustiques.

    Il y eut Pâque. Une fête bien passée, chez Thierry et Martine. Les enfants ont dansé dansé, le mouton fut mangé mangé. Quelques visiteurs, mais trop de chaleur pour faire les tours aux amis. Et les autres coopérants étaient partis dans les Monts Alantika, au sud de Garoua vers le Nigeria (j'irai peut-être bientôt et je vous raconterai). Je devais y aller mais j'ai appris juste avant que le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) visitait la Fondation et j'ai justement un projet d'embouche bovine et de moulins pour eux. Ca devrait être accepté, reste à savoir quand exactement! En tout cas, cela nous permettrait de dégager des bénéfices intéressants et d'augmenter notre autofinancement, chose importante pour la durabilité de l'accueil des enfants.

    Et mars s'est terminé par un week-end très sympathique. J'ai fait la connaissance de Pierre, un volontaire français d'une autre ONG, travaillant sur la création d'u n réseau d'associations locales luttant contre le VIH-Sida. J'ai enfin pris le temps de faire mon marché, alimentaire et textile! Et Stéphane, volontaire de la province du Centre à Makak, revu à Pouma avec Sophie, est arrivé pour 15 jours. Car les congés de Pâque commençaient. Nous l'avons accueilli par un soya dans le quartier animé, avec Yaouba, Armelle et Pierre. Le lendemain, nous étions avec Arnaud, puis à l'orphelinat Daniel Brottier.

    Le jour de ma fête (le 31 pour les oublieux et les ignorants), j'ai rassemblé plusieurs oeuvres sociales privées de la province pour créer le réseau en faveur de l'enfance et concrétiser le partenariat avec l'UNICEF. Les projets sont presque faits, nous espérons obtenir leur accord. Il s'agira notamment pour cette année d'établir 600 actes de naissance pour les élèves n'en ayant pas (sinon, ils ne peuvent être candidats à l'examen d'entrée en 6ème) et de sensibiliser la population au problème de la traite des enfants (la zone est frontalière et ce phénomène d'exploitation terrible).

    Donc oui, en février et mars j'ai beaucoup travaillé : un dossier pour du matériel spécialisé pour aveugles, le dossier PNUD, ceux pour l'UNICEF, un dossier pour 2 salles de classe pour le centre des aveugles, un dossier pour des tricycles et machines à coudre pour handicapés moteurs, et un travail de longue haleine pour l'électrification d'un village voisin. Et d'autres choses... J'apprécie de pouvoir m'organiser, de pouvoir décider (au moins proposer) les projets de la Fondation.

    Je poursuis mes cours de fulfuldé, je progresse doucement. Je vous informe que je rentre en France du 20 juin au 17 juillet. On se croiserai sûrement, s'il plaît à Dieu! Et je vous enverrai bientôt un mail pour solliciter une aide pour un projet précis : faire venir un chirurgien généraliste camerounais à Paris ou Starsbourg pour un an de spécialisation en orthopédie.

    A bientôt. J'espère plus régulièrement.
Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Vie quotidienne
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Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 10:09
    Deux semaines ont passé et je me fais peu à peu à ma nouvelle vie de broussard. Après la surprise initiale des voisins, me voici intégré dans mon village... Il y a bien quelques petites difficultés comme l'impossibilité d'acheter quoi que ce soit à manger, comme la nourriture parfois peu variée et surtout les visites surprises au moment des repas! Il y a des soirs où la nourriture manque un peu, mais j'apprends à accueillir, un peu forcé par mon "cochambrier"!

Cameroun--f-vrier-2008-005.jpg     Allez, pour imager ce discours, voici quelques photos de chez moi!












Cameroun--f-vrier-2008-014.jpg
C'est un peu spartiate, mais j'apprécie de vivre enfin en Afrique!










Et en bonus, l'espace "toilettes - douche" :

Cameroun--f-vrier-2008-041.jpg
Pour en voir plus, rendez-vous dans l'album photo "Ma case"!
Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Vie quotidienne
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 13:41
Juste avant le gong... Bonne année 2008!

   Demain soir, je déménage! Je pars de la Fondation Bethléem où je loge depuis 5 mois (à 4,5 mètres de mon bureau et 7 mètres du réfectoire). Je pars vivre au village de Mouda, je saute la barrière, je prends la courte piste menant au goudron et 10 mètres avant celui-ci, c'est la maison en béton à gauche. Je vivrai avec Yaouba Sikoua, superviseur des forages de l'unité Hydraulique (j'en ai parlé lors de notre week-end à Garoua). Il a 32 ans, père d'une petite fille de 6 ans d'une première relation échouée. Il est Guiziga, originaire de Moutourwa. Et Camerounais!

  Cette précision est importante... Sans trop m'épancher, je vais vous raconter mes petites misères quotidiennes.
   La Fondation est un endroit merveilleux, irréel dans cette terre d'Afrique tellement en difficulté. Il y fait bon vivre, la nourriture est excellente, le coucher délicieux, l'eau abondante et le confort... européen. J'avais été surpris à mon arrivée de tant de choses. Tous les jours je reste stupéfait devant ces lieux, si propres, si bien aménagés. Mais voilà... je suis parti en Afrique et je me retrouve en Italie. En effet, mis à part Jérôme et Thierry de passage chaque semaine, je suis le seul Français au milieu d'une dizaine d'Italiens (quand nous sommes peu nombreux). En décembre - janvier, nous étions à chaque repas plus de vingt. Vingt blancs, en vacances, en semblant de mission, dont beaucoup d'amis de passage qui polluent l'esprit des enfants en leur offrant des bonbons en permanence. Alors forcément, moi, pauvre volontaire, je ne peux rivaliser devant tant de largesses débonnaires. Et certains enfants me réclament à présent aussi des cadeaux. Mais gamin, je vis ici, sans argent superflu, je travaille pour que ton avenir ne s'assombrisse pas, alors tu me désespères! Heureusement, la plupart se précipite "gratuitement" dans mes bras. Quand même...

    Cette foultitude de blancs de passage me met mal à l'aise. On ne sait jamais ce qu'ils viennent vraiment faire, et je me demande toujours ce que pensent les Camerounais qui, au bout d'un moment, doivent se dire que nous sommes interchangeables. Déjà que nous sommes surnommés "les gens d'en haut". Alors j'ai décidé de me marginaliser. Et de descendre!

    Ensuite, le problème le plus important... La solitude. J'en ai passé des repas (encore un ce midi d'ailleurs) à ne pas dire un mot à quiconque. Je les comprends, ils sont tous italiens ou italophones alors ils parlent leur langue. De mon côté, je ne parle pas italien et je n'ai plus du tout envie d'apprendre. Bref, pendant les repas, je me morfonds, entouré de blancs, à manger des pâtes midi et soir (je suis sérieux!), complètement déconnecté de la réalité africaine. Qui est là pourtant. Et pour ne pas être dérangés, nous fermons à clé la porte du réfectoire, car il arrive parfois qu'une des folles viennent réclamer un bout de pain. Je suis anéanti face à ces comportements, très égoïstes, et venant des religieuses (ils ne sont pas tous comme ça non plus ici). Alors, perdu dans mes pensées à la fin du mois d'octobre, j'ai eu l'idée (qui se concrétise) de partir loger et manger ailleurs.
    Pas facile ces journées entières passées à travailler seul, à seulement aller de ma chambre au bureau ou au réfectoire... Allez c'est fini pour la complainte.
    Je pense que s'ils avaient tous étaient Français, je ne me serai pas rendu compte si vite du problème. Et je passerais probablement à côté de cette expérience exceptionnelle.


    La vie qui m'attend sera bien plus difficile sur un plan matériel. Plus d'eau, plus de douche (seau), plus de toilettes (trou), à deux dans la "chambre", sans mobilier. Je devrai acheter ma nourriture avec mon indemnité (actuellement, elle me servait uniquement pour le tourisme), payer ma part du loyer, des charges. Subir les aléas climatiques plus vivement. Et une vie sur une autre planète, enfin! A moins de 50 mètres de l'entrée de la Fondation. Ce "déménagement" est si rocambolesque! J'ai déjà mille et un projets, pour améliorer mon quotidien (frigo en creusant dans le sol, cuvette des toilettes en bois), pour faire des choses que je ne suis pas sûr de faire en France (cultiver des salades, élever des chèvres, constituer un GIC (Groupement d'Intérêt Collectif) avec Yaouba et un autre Yaouba pour devenir peut-être exploitant d'un moulin à Moutourwa et améliorer mes revenus (pour les 2 compères, il s'agit de commencer à gagner de l'argent pour la dot!)).
    Je pense que ma coopération va vraiment commencer. Ce sera dur, il faudra se méfier des "amis" qui veulent l'argent du blanc, des voleurs. Je publierai des photos de mon nouveau "chez moi" ou plutôt "chez nous"! Je connaitrai enfin le Cameroun, mon village, ses difficultés. Je travaillerai moins aussi car fini l'hôtel! Chaque soir, la cuisine et tout le reste.

    Yaouba et moi vous invitons chaleureusement! Armelle a déjà répondu présente et arrive vendredi soir. Coq au menu (offert à Yaouba lors d'un déplacement sur un forage en brousse).
Par Benjamin DURIEZ - Publié dans : Vie quotidienne
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